
LES ROYAL OAK À CALENDRIER 1983–1996
Résumé
Aux sources de toute civilisation
Comment pourrions-nous organiser nos vies si nous ne disposions pas de calendrier ? Incapables de nous situer dans le temps, il nous serait difficile de planifier une rencontre éloignée ne serait-ce que de quelques jours. Sans calendrier, nous ne pourrions même pas connaître notre âge. Comment également construire l’histoire de nos sociétés sans repères chronologiques? C’est pour cette raison que chaque civilisation naissante, dès lors qu’elle a compté plusieurs milliers d’individus, a dû imaginer son propre système calendaire.
Les calendriers sont tous fondés sur les cycles naturels, résultants de l’observation du ciel. Leur élaboration s’est avérée un véritable casse-tête car les cycles du système terre-lune-soleil ne sont pas synchronisés entre eux en unités complètes. Pour le dire plus simplement: en un an exactement, la terre effectue le tour complet du soleil. Or, durant cette même rotation, elle tourne sur elle-même 365,2422 fois. Que faire des 0,2422 de trop? Pour corser la situation, durant la même période, la lune tourne autour de la terre 12,368 fois. Après un an, elle se retrouve donc dans une position très différente de son point de départ. Comment gérer ces décalages?
Chaque calendrier a choisi une solution différente: se fondant tantôt sur le cycle lunaire, tantôt sur le cycle solaire, ou combinant parfois les deux. Établi au XVIe siècle, le calendrier grégorien s’est peu à peu imposé comme un étalon commun. Son système alterne des mois de 30 et 31 jours. C’est le mois de février qui joue le rôle de régulateur. Alors qu’il compte habituellement 28 jours, un 29 février est ajouté tous les quatre ans, marquant l’année bissextile. Mais par souci de précision, on omet d’ajouter le 29 février une fois tous les 100 ans, soit en l’an 2100, 2200, 2300… (siècle bissextile), mais il est conservé tous les 400 ans, soit en 1600, 2000, 2400, etc. Cette solution est ingénieuse, mais elle n’empêche pas un décalage résiduel de 3 jours en 10 000 ans. Gageons que nos successeurs trouveront une solution d’ici là…
Mécanique céleste, mécanique terrestre
Les indications astronomiques apparaissent dès les tout premiers garde-temps mécaniques. Ne citons que le fabuleux mécanisme d’Anticythère, créé en Grèce vers l’an 140 avant notre ère, qui selon certaines reconstitutions était capable de délivrer non seulement la date du calendrier égyptien, mais également les Olympiades grecques et leur correspondance avec les années civiles. Mentionnons aussi l’extraordinaire horloge hydraulique inventée par le Chinois Su Sung au XIe siècle ou encore l’horloge astronomique de Prague admirée depuis l’an 1410.
L’histoire des complications dites « astronomiques » compte d’innombrables créations et spécialités, parmi lesquelles les heures de lever et de coucher du soleil, l’équation du temps (heure solaire), et même l’indication de la date de Pâques. Néanmoins, depuis le XIXe siècle, la complication calendaire la plus classique en horlogerie est le calendrier perpétuel, ou « quantième perpétuel ». Ce mécanisme additionnel (ou cadrature) permet d’indiquer le jour, la date, le mois et souvent la phase de lune durant un cycle de 4 années. Le mécanisme doit être réglé une fois par siècle, soit en 2100, 2200, 2300, etc.

Le calendrier perpétuel chez Audemars Piguet
Le calendrier perpétuel compte parmi les plus anciennes complications apparues chez Audemars Piguet. Avant même la création du premier atelier de la société en 1875, les deux cofondateurs Jules Louis Audemars et Edward Auguste Piguet avaient équipé leurs chefs-d’œuvre d’apprentissage de complications astronomiques.
Dès lors, Audemars Piguet n’a jamais cessé de produire des montres à calendrier perpétuel. Cependant, durant plus d’un siècle, cette fonction est restée l’apanage presque exclusif des montres de poche. En effet, sur les 208 montres-bracelets à calendrier livrées entre 1924 et 1969, seules 12 ont été dotées de calendrier perpétuel, toutes fabriquées en 1955 et 1957 pour le légendaire modèle 5516, première montre-bracelet de l’histoire indiquant le cycle des années bissextiles.
À partir de 1978, la situation change radicalement.
Le Calibre 2120/2800: naissance d’un mythe
Au milieu des années 1970, trois jeunes horlogers employés par Audemars Piguet - Michel Rochat, horloger complications, Wilfred Berney fondateur du Service Après-Vente et Jean-Daniel Golay, fondateur du Bureau Technique - se réunissent secrètement pour lancer un projet ambitieux. Préoccupés par la crise du quartz qui lamine l’industrie horlogère suisse, ils se proposent de réinventer le calendrier perpétuel pour l’intégrer dans des montres-bracelets contemporaines. Après des mois de recherches, ils présentent leur projet à Georges Golay, alors Directeur Général d’Audemars Piguet. Surpris, admiratif et convaincu, ce denier demande la fabrication de 159 exemplaires, avant même le lancement du modèle, un chiffre alors inédit pour une complication Audemars Piguet.
Lancé en 1978, le modèle 5548 est équipé du Calibre 2120/2800, calendrier perpétuel à remontage automatique le plus plat du monde (3,95mm). Le mécanisme se compose de deux parties principales: le mouvement de base 2120 (2,45mm), dont l’histoire est racontée dans un article dédié, et la cadrature de calendrier perpétuel 2800 (1,5mm). Destiné à être caché sous le cadran de la montre, ce mécanisme additionnel est décoré à la main: aciers satinés et anglés, platine perlée, lune dorée et émaillée.
Le succès dépasse toutes les attentes (voir tableau ci-dessous). En 15 ans, le Calibre 2120/2800 équipera plus de 7 000 montres Audemars Piguet, déclinées en plus de 110 modèles différents. Près de 800 exemplaires seront même squelettés! À sa manière, ce calibre ouvre la voie au renouveau des complications classiques dans toute l’horlogerie suisse.

1978-1996. Tableau de production du Calibre 2120/2800 à calendrier perpétuel et sa variante squelettée 2120/2800SQ. Les années correspondent aux dates de vente des montres emboîtées. Archives Audemars Piguet.
| 2120/2800 | 2120/2800SQ | TOTAL | |
| 1978 | 4 | 4 | |
| 1979 | 113 | 113 | |
| 1980 | 154 | 154 | |
| 1981 | 238 | 238 | |
| 1982 | 278 | 21 | 299 |
| 1983 | 431 | 33 | 464 |
| 1984 | 441 | 42 | 483 |
| 1985 | 550 | 35 | 585 |
| 1986 | 588 | 37 | 625 |
| 1987 | 543 | 85 | 628 |
| 1988 | 605 | 67 | 672 |
| 1989 | 561 | 60 | 621 |
| 1990 | 550 | 59 | 609 |
| 1991 | 435 | 56 | 491 |
| 1992 | 354 | 50 | 404 |
| 1993 | 294 | 73 | 367 |
| 1994 | 227 | 88 | 315 |
| 1995 | 124 | 68 | 192 |
| 1996 | 18 | 17 | 35 |
| TOTAL | 6'508 | 791 | 7'299 |
Tout commence avec un hibou
La communauté des collectionneurs et les historiens s’accordent pour dire que, durant les années 1970, les deux réalisations les plus significatives d’Audemars Piguet sont la Royal Oak (1972) et le calendrier perpétuel Calibre 2120/2800 (1978). Dès lors, la rencontre des deux semblait inéluctable. Il faut pourtant se garder des évidences. Tout d’abord, au début des années 1980, la Royal Oak 39mm connaît un ralentissement, remplacée par des modèles plus petits (35mm puis 36mm). Les 75 derniers exemplaires du modèle 5402 sont fabriqués entre 1983 et 1986. Or, le Calibre 2120/2800 exige une boîte de 39mm. Par ailleurs, de par son corps en acier et son étanchéité, la Royal Oak est perçue comme une montre sportive, un statut qui inciterait plutôt à la doter d’un chronographe…
Mais contre toute attente, la première Royal Oak à complications n’offre ni chronographe ni calendrier perpétuel. Présentée en 1983, le modèle 5572, d’un diamètre de 36mm arbore ce qu’il est convenu d’appeler une « petite complication ». Deux compteurs indiquent le jour et la date à aiguille. Ils sont si grands et si surprenants que les collectionneurs ont surnommé le modèle « the owl », ou le hibou, par analogie avec les deux énormes yeux du rapace nocturne.
La Royal Oak Day-Date 5572 est équipée du calibre automatique de 11½ lignes (26mm) 2124/2810, ébauche LeCoultre & Cie, dont la famille a été introduite en 1977 dans la Royal Oak 4100 (35mm, Calibre 2123) et qui connaîtra une belle longévité et une riche descendance. À en juger par le fait qu’en 1983, un an avant sa première publication au catalogue général Audemars Piguet, plus de 600 exemplaires sont déjà livrés, on peut supposer qu’elle répond à une demande très forte des marchés. Dès la première année, plusieurs variantes sont proposées en acier, or jaune, bicolore (acier or jaune), et même or gris dotées de cadrans blancs, noirs, guillochés ou lisses.
L’année suivante, la Royal Oak Day-Date Moon Phase 25594 ajoute un guichet de lune aux indications de jour et date. Ce modèle de 36mm restera au catalogue et au cœur des collections durant plus de 20 ans, un record absolu dans l’histoire de la Royal Oak.
Mais qu’en est-il du calendrier perpétuel ?
Une idée née sur les marchés
Pour séduire une clientèle internationale, raffinée et vivant dans les plus grandes capitales du monde, les horlogers du Brassus ont dû tisser et nourrir un dialogue permanent avec le monde, leur permettant de rester à l’écoute des tendances et, parfois, de les anticiper.
La Royal Oak Quantième Perpétuel ne fait pas exception. Elle est née de la demande des marchés. La première idée semble provenir des États-Unis. C’est du moins ce que laisse penser une photocopie conservée dans les archives Audemars Piguet, annotée « AP. NY/SU », ce qui signifie probablement AP New York suivi des initiales de Steven Urquhart, alors Directeur des ventes. Daté du 9 janvier 1981, le document représente un croquis de Royal Oak à calendrier perpétuel doté d’une lunette sertie, dessiné sur une photographie de modèle 5402.
L’idée est séduisante et fait son chemin dans les esprits. Elle est discutée avec les détaillants et la clientèle à l’occasions des salons horlogers, d’expositions ou d’événements. Mais dans les ateliers, les horlogers savent qu’un tel projet sera techniquement bien plus ardu que sur le papier…


Un fait aussi incongru que significatif
Durant les recherches qui ont précédé la rédaction de cet article, un fait incongru, apparemment anodin, a tenu en haleine l’équipe du Patrimoine Audemars Piguet. Les Royal Oak 25554ST possèdent trois numéros de boîte gravés alors qu’ils ne devraient en avoir que deux (voir article sur la numérotation des Royal Oak). Le grand numéro de boîte est caché sur la face intérieure, mais à l’extérieur, la montre arbore les numéros de deux modèles différents: 25554 et 5402.
La raison est aussi simple qu’extraordinaire. Les premières carrures 25554 en acier avaient été prévues pour équiper les dernières Royal Oak 5402 série D, mais ont été prélevées pour être transformées en calendrier perpétuel. Or, sachant que le modèle 5402 a été développé pour abriter le calibre automatique date le plus plat du monde, il y a lieu de se demander comment les horlogers sont parvenus à y insérer un calendrier perpétuel automatique !
L’horloger Jean-Claude Ruchat, qui a œuvré dans l’Atelier des Complications de 1979 à 2022, se rappelle qu’il ne s’agissait au départ que d’un essai portant sur la production de trois montres. Régis Meylan, qui dirigeait alors l’atelier se souvient pour sa part des défis qu’il a fallu relever pour passer, en quelques années, de trois à près de 300 unités! Toujours est-il qu’en août 1983, le Bureau Technique esquisse les premiers croquis de boîte. Le compte à rebours est enclenché: le modèle doit être prêt pour avril 1984, moins d’un an plus tard...
A la conquête de chaque dixième de millimètre
Avec 3,95mm de hauteur, le calibre automatique 2120/2800 à calendrier perpétuel avait beau être le plus plat du monde dans sa catégorie, sa hauteur dépassait de 0,9mm celle du Calibre 2121 (3,05mm). Or l’espace était déjà très réduit pour accueillir ce dernier dans la boîte 5402, avec une hauteur totale de 7,1mm. Les constructeurs et les horlogers ont donc lutté pour gagner chaque dixième de millimètre.
La boîte monocoque a été conservée, véritable chef-d’œuvre de finesse et de géométrie. La lunette a été rehaussée de 0,6mm, passant de 2,5mm (y c. 0,5mm d’espace pour le joint en caoutchouc) à 3,1mm. La hauteur de la glace saphir a été drastiquement réduite, de 2mm à 0,9mm, ce qui a imposé de remplacer son système de fixation à talon par un verre chevé à 45 degrés.
Quant au cadran, renonçant à la tapisserie pour des raisons esthétiques, les horlogers ont choisi d’utiliser la même plaque que celle du modèle 5548 (voir plus haut), fabriquée par Stern. Sa hauteur de 0,3mm est identique à celle des cadrans 5402, à l’exception des compteurs, creusés de 0,1mm pour laisser de la place aux aiguilles de date, jour et mois. Les connaisseurs auront noté la finesse des index et l’absence du logo AP appliqué. Ce dernier aurait trop chargé l’esthétique du cadran et surtout, il aurait occupé quelques dixièmes de millimètre de hauteur!
Le résultat est saisissant: la Royal Oak Quantième Perpétuel 25554 ne mesure que 7,5mm de hauteur au total, soit à peine 0,4mm de plus que le modèle 5402.
Corriger les correcteurs?
Un mécanisme de calendrier perpétuel est programmé pour couvrir des cycles de 4 ans, soit 1461 jours. Lorsque la montre n’est pas portée durant quelques semaines, voire quelques mois, l’utilisateur doit remettre le calendrier à jour. Or, cette tâche peut s’avérer fastidieuse. Pour lui éviter d’appuyer des dizaines de fois sur un même poussoir, les horlogers ont développé des correcteurs indépendants, actionnés par de petits outils. Dans le Calibre 2120/2800, le correcteur placé à 10h permet de régler la date et le jour, celui à 8h d’ajuster le jour seul et celui à 4h de corriger la phase de lune.
Ces correcteurs sont discrètement situés sur le pourtour de la carrure de la montre. Or dans le cas de la Royal Oak, le chemin à parcourir entre l’extérieur de la boîte et le mouvement est particulièrement long, en raison de l'architecture de la boîte. En plus d’être long, ce parcours peut être entravé par les vis-écrous qui traversent la boîte, de la lunette au fond. Cette configuration très particulière a été l’un des principaux points d’achoppement du développement de la Royal Oak Quantième Perpétuel.
D’une part, l’énorme joint d’étanchéité du modèle 5402 ne pouvait être conservé car il aurait écrasé, ou au moins comprimé les correcteurs qui l’auraient traversés. Il a donc été remplacé par un cercle d’emboîtage en métal, entouré de deux joints o-ring traditionnels. Les correcteurs étant chassés dans le cercle, l’ajustement devait être parfait pour que l’eau ne pénètre pas. Autre défi: certains correcteurs entraient en collision avec les vis-écrous traversant de la boîte. Fallait-il modifier l’architecture du calibre ou revoir l’esthétique de la Royal Oak? Un solution équilibrée a sauvé l’intégrité des deux. Le diamètre de plusieurs vis-écrous a été réduit et deux d’entre elles ont simplement renoncé au système traversant, devenant dès lors purement décoratives: à 10h pour laisser la place au correcteur, à 4h pour équilibrer les tensions dans la boîte.
Une naissance en deux temps
Le 5 avril 1984, jour de l’ouverture de la Foire de Bâle, Audemars Piguet annonce le lancement de la première Royal Oak Quantième Perpétuel, modèle 25554. Le communiqué est accompagné d’une photographie d’un exemplaire en acier, doté d’un cadran très raffiné, dont le pourtour des indicateurs de jour, date, et mois sont brillants. Or, le dépouillement des Registres d’Établissage a montré qu’une seule montre 25554 a été vendue en 1984, au mois de décembre, et qu’elle était en or jaune. Pour l’historien, de tels décalages entre une annonce et ses effets suscite la plus vive curiosité. Que s’est-il passé ?
Tout d’abord, il faut rappeler que, dans les années 1980, les nouveautés n’étaient présentées qu’une seule fois par an, lors de la Foire de Bâle, en avril. Les distributeurs, agents et détaillants d’Audemars Piguet évaluaient les nouveaux modèles, les commentaient, exprimaient l’avis probable de leurs clients. C’est sur la base des commandes du salon que la Manufacture affinait sa stratégie de fabrication.
Il arrivait souvent que les nouveautés dévoilées à Bâle n’existent que sous la forme de prototypes, voire même de postiches. Certains n’étaient jamais produits. Il y a de bonnes raisons de penser que l’étanchéité du modèle 25554 nécessitait encore quelques ajustements. En effet, le 23 mai 1984, Kurt Meis, agent allemand de la marque, adresse un Telex alarmé au Brassus: « cette montre est sportive et si elle n’est pas étanche, nous pouvons réellement "laisser tomber" ». Message reçu et approuvé. La boîte est retravaillée, les horlogers s’ingénient à résoudre la difficile équation de son étanchéité, dont le point faible reste les correcteurs du calendrier et de la couronne.
En parallèle, Georges Golay prépare l’avenir de la marque en Italie.

L’Italie, toujours…
Le 6 juin 1984, une note interne retrouvée dans les archives Audemars Piguet atteste de la volonté de réserver certaines Royal Oak Quantième Perpétuel à l’Italie: « Il a été décidé de relancer la Royal Oak en Italie avec une série de 50 pièces modèle 5554 en acier, cadran gris cristal » (NB: le modèle 5554 sera très tôt renommé 25554 – dans la suite de l’article, nous utiliserons désormais l’appellation 25554).
Pourquoi l’Italie? Au début des années 1970, l’Italie avait joué un rôle moteur dans la naissance de la Royal Oak. Après avoir accueilli avec réserve le modèle 5402, jugé trop grand (39mm), l’Italie avait adopté avec enthousiasme les Royal Oak de dimensions plus modestes, en particulier les modèles 8638 (29mm) dès 1976 et 4100 (35mm) dès 1977. Tout porte à croire qu’au début des années 1980, les montres de grand diamètre étaient de plus en plus en vogue en Italie. En effet, le célèbre capitaine d’industrie et pionner de la mode Gianni Agnelli n’hésitait pas à arborer à son poignet - et par-dessus la chemise - une montre de poche 25555 Audemars Piguet de 49 mm, à laquelle un bracelet avait été ajouté.
Le fait de réserver la série 25554ST à l’Italie reflète également l’évolution de la distribution des montres Audemars Piguet dans ce pays. Petit rappel historique: depuis 1970, les montres du Brassus y étaient distribuées par une société appartenant au conglomérat horloger SSIH (voir article sur la genèse de la Royal Oak), dirigée depuis Turin par Carlo de Marchi. Or, en 1983, laminé par la crise du quartz, le groupe SSIH est au bord du gouffre financier. Pour se sauver, il fusionne avec l’autre géant horloger suisse, ASUAG (Allgemeine Gesellschaft der Schweizerischen Uhrenindustrie AG) et devient la SMH (Société de Microéléctronique et d’Horlogerie), qui sera rebaptisée Swatch Group en 1998. Mais dans l’immédiat, pour faire face à une situation catastrophique, la stratégie doit être recentrée. Le groupe SSIH informe Audemars Piguet qu’il concentrera désormais toute son énergie dans la distribution de ses propres marques, en particulier Omega.
Georges Golay, Directeur Général d’Audemars Piguet se met alors en quête d’un nouvel agent pour l’Italie. Le 1er janvier 1985, Alessandro Villa reprend l’exclusivité de la distribution dans la péninsule. Ce choix ne doit rien au hasard. Troisième génération d’une dynastie de joailliers milanais, l’homme a fondé en 1979 la société Gérald Genta Villa (GGV), qui a notamment introduit la marque Genta en Italie.
La décision de créer une série spéciale pour l’Italie suit de deux mois la présentation officielle de la montre à la Foire de Bâle et précède d’au moins six mois le changement de distributeur. Aucun doute: la série spéciale a dû faire partie des négociations. En obtenant cette exclusivité, Alessandro Villa démontre son flair. Il s’avèrera un partenaire précieux et très actif, multipliant les partenariats, expositions et événements, transformant l’Italie en un débouché majeur pour les montres Audemars Piguet, en particulier à complications. Reprise par Franco Ziviani au milieu des années 1990, sa société sera alors rebaptisée Audemars Piguet Italia Spa, et deviendra une filiale du groupe Audemars Piguet dans les années 2000.
Mais bien avant cela, le tout premier succès de la future filiale est la Royal Oak Quantième Perpétuel en acier, dont 46 exemplaires sont livrés par Le Brassus entre février et décembre 1985.

Un chef d’œuvre de finesse
La variante en acier du modèle 25554 étant réservée au futur agent italien (dont le contrat commençait en janvier 1985), c’est une version en or jaune qui est introduite dans le catalogue Audemars Piguet en juillet 1984.
L’illustration de la montre est accompagnée de la phrase suivante « At Audemars Piguet, we believe this represents the last word in watchmaking » (Chez Audemars Piguet, nous croyons que cette montre incarne l’horlogerie ultime). Le publicitaire Heinz Heimann ne se trompe pas lorsqu’il affirme que la Royal Oak Quantième Perpétuel incarne alors l’excellence en matière de miniaturisation horlogère, de design contemporain, de décoration et à n’en pas douter, d’élégance. En revanche, l’avenir montrera qu’il ne s’agit manifestement pas du dernier mot de la collection…
Du modèle 25554 au 25654
Fabriquée en 270 exemplaires de 1984 à 1992, la Royal Oak Quantième Perpétuel 25554 a rencontré un succès commercial significatif et ouvert un chapitre crucial dans l’histoire de la Royal Oak: celui des complications classiques.
Ce chef-d’œuvre a également laissé un souvenir impérissable au horlogers du Service Client qui ont été chargés de son entretien. Sur les 110 premières montres livrées, 16 sont revenues au Brassus pour des problèmes d’étanchéité dans les 3 ans. Francisco Pasandin, horloger restaurateur en charge de l’atelier de Restauration jusqu’en 2023, se rappelle avoir dû refaire l’emboîtage de certaines montres jusqu’à 10 fois pour obtenir l’étanchéité escomptée. Avec quelques collègues d’établi, il propose plusieurs améliorations, en particulier l’adoption de correcteurs vissés.
En parallèle, le Bureau Technique repense le système d’étanchéité. Présentée en 1987, la Royal Oak Quantième Perpétuel 25654 combine un grand cercle d’emboîtage en métal avec un grand joint en caoutchouc (voir illustration). En dehors de sa boîte légèrement plus haute (8,3mm), rien ne distingue cette Royal Oak du modèle 25554. D’ailleurs, aujourd’hui encore, rares sont les collectionneurs capables de percevoir la différence entre ces deux modèles. Il faut dire que la tâche n’est pas simple, notamment parce que dans les années 1980-1990, de nombreux exemplaires 25554 ont été transformés en 25654 lors de leur retour au Brassus.
Si la Royal Oak 25554 a préparé le terrain, c’est le modèle 25654 qui a permis d’asseoir le succès de la Royal Oak Quantième Perpétuel. En 12 ans, 851 exemplaires ont quitté les ateliers du Brassus. Les catalogues n’en présentent que deux variantes, en acier et en or jaune, mais les déclinaisons spéciales sont bien plus nombreuses: cadrans dorés, argentés, blancs avec chiffres romains, variantes bicolores, ainsi que 38 exemplaires en platine, dont le numéro 1 a été adjugé en avril 2022 chez Phillips Genève pour le prix de CHF 1 022 200.
25636 ou l’art de dévoiler
Depuis l’avènement des montres-bracelets au début du XXe siècle, les amateurs de Belle Horlogerie ont dû se résoudre à ne plus pouvoir admirer les mouvements mécaniques équipant leurs montres. Cachées sous un cadran, protégées par une boîte de plus en plus souvent étanche, ces merveilles de technique et de décoration ne pouvaient être vues que par les horlogers qui ouvraient les montres.
Or, avec l’arrivée des montres à quartz, la mise en scène du mécanisme est devenu un enjeu majeur. Dévoiler le mouvement permettait non seulement de mettre en lumière la valeur intrinsèque de la montre, mais aussi de célébrer le travail des artisans et d’inscrire le garde-temps dans la grande tradition horlogère. L’article dédié à la naissance du Calibre 2120 raconte comment quelques horlogers ont décidé de réintroduire l’art du squelettage chez Audemars Piguet durant l’hiver 1972-1973.
Il faut attendre 1986 pour voir apparaître la toute première Royal Oak dotée d’un calibre entièrement squeletté. Le modèle 25636 à calendrier perpétuel incarne alors la quintessence des savoir-faire traditionnels. Il marie le squelettage, la gravure, l’art des complications et la miniaturisation à l’esthétique contemporaine de la Royal Oak.
Plus de 200 heures étaient nécessaires aux meilleurs artisans pour squeletter et graver un Calibre 2120/2800. Quand on sait qu’en dix ans, 313 exemplaires du modèle 25636 ont été réalisés, en parallèle à d’autres montres squelettées, on comprend que l’atelier de Régis Meylan n’a pas manqué d’activité.
L’amateur admirera particulièrement la finesse extrême de la masse oscillante, le squelettage et la gravure des ponts, ou encore l’anglage parfait de tous les aciers. Pour rendre ces éléments visibles, le fond de la boîte est pour la première fois ouvert et le cadran est en saphir. Quant aux aiguilles, à l’instar des autres modèles à calendrier perpétuel, elles sont le plus souvent dépourvues de matière luminescente et dissocient les fonctions de calendrier (acier bleui) de celles horaires (or poli).

Les déclinaisons du 25636
Introduit sur la Royal Oak Quantième Perpétuel 25636, le fond saphir a nécessité d’augmenter légèrement l’épaisseur de la boite, qui atteint désormais 8,8mm, contre 8,3mm pour le 25654. Mais cette évolution a ouvert de nombreux horizons créatifs, si bien que la boîte 25636 a donné naissance à cinq modèles.
Quatre d’entre eux sont des exemplaires uniques. En 1986, le modèle 25651 présente une lunette finement sertie sur son pourtour. En 1989, la Royal Oak Quantième Perpétuel 25688 est entièrement recouverte de diamants taille baguette. L’année suivante, le modèle 25694 arbore une lunette ponctuée de diamants et de saphir bleus, puis en 1994, le 25775 offre une étonnante lunette guillochée clous de Paris.
Mais la déclinaison la plus importante du modèle 25636 n’est autre que la Royal Oak Quantième Perpétuel 25686. Variante non squelettée de son illustre prédécesseur, ce modèle se pare de cadrans aussi divers que raffinés : nacre bleue ou rosée, cadran « bleu Tuscany » ciselé, guillochage Petite Tapisserie, cadrans dorés, roses, bicolores… Au total, 299 exemplaires seront livrés entre 1989 et 1998.
C’est peut-être dans le domaine des matériaux que les modèles 25636 et sa déclinaison non squelettée 25686 ont exprimé le plus de variété. Entre 1986 et 1997, ces modèles se sont habillés de sept matières différentes. L’or jaune (BA), l’acier (ST) et le platine (PT) sont introduits dès les années 1980. En 1991, s’y ajoutent l’or rose (OR) et simultanément la combinaison platine et or rose (PR), dont l’inverse (RP) sera introduite en 1997. En 1994, la variante SP juxtapose l’acier satiné et le platine poli miroir.
Encore un petit détail: à ce jour, l’équipe du Patrimoine Audemars Piguet n’a pas retrouvé la moindre trace d’une Royal Oak Quantième Perpétuel 39mm en or gris.

Quelques mots sur les cadrans
Dans les archives de distribution Audemars Piguet, la description du cadran de chaque montre est introduite peu à peu à partir de 1995 pour s’imposer définitivement dès 2005. Pour les périodes antérieures, il est parfois difficile, sinon impossible de savoir avec certitude quel cadran équipait quelle montre le jour où elle a quitté Le Brassus.
Les Royal Oak Quantième Perpétuel offrent un bel exemple des pratiques artisanales de l’époque. Une même plaque de cadran pouvait être terminée de très nombreuses manières: couleur, finitions, décalques... Et une même référence de cadran pouvait varier sensiblement selon l’inspiration et l’habileté de l’artisan en charge. Par ailleurs, un cadran pouvait équiper plusieurs modèles différents, appartenant parfois à des collections variées. Ainsi, le cadran doré opalin se retrouve aussi bien sur la Royal Oak 25554BA que sur les les montres rondes 25550BA ou 25557BA, ainsi que sur les Royal Oak 25654BA et même 25686BA.
Prenons un autre exemple: le cadran ciselé « Bleu Tuscany ». Pour réaliser ce petit chef-d’œuvre, l’artisan graveur ciselait une plaque de laiton identique à celle utilisée pour de nombreux autres modèles. À l’aide d’échoppes et de « mats », il creusait et repoussait la matière pour créer un décor qui, si on le regarde au microscope, semble chaotique, mais qui forme un ensemble raffiné et harmonieux. La plaque était ensuite plongée dans des bains galvaniques pour revêtir le « Bleu Tuscany », ou « bleu n° 7 ».
Les cadrans ciselés « Bleu Tuscany » des modèles calendriers perpétuels ont été réalisés dès le début des années 1980 pour des montres rondes, dont le 5561PT et le 5568. Il faut attendre le début des années 1990 pour les voir entrer dans la collection Royal Oak, dans le modèle 25654PT, puis 25686SP en 1994. Dès 1995, certains exemplaires en platine de la Royal Oak Jubilé 14802 accueillent des cadrans « Bleu Tuscany », mais cette fois, sans le calendrier perpétuel.

Une montre de grand prix
En 1972, la Royal Oak 5402 avait scandalisé le monde horloger par son prix. Proposée à CHF 3 300, elle était alors plus chère que certaines montres en or et avait acquis la réputation de montre en acier la plus chère du monde. Peu nombreux étaient ceux à avoir compris que ce prix s’expliquait par un mouvement superlatif, un cadran hautement raffiné et un habillage d’une extrême complexité dont la qualité de décoration hissait l’acier au rang de matériau noble.
Un peu plus d’une décennie plus tard, la Royal Oak Quantième Perpétuel creuse ce même sillon. Si le soin apporté à son habillage est comparable aux premières Royal Oak, le Calibre 2120/2800 accroît significativement sa complexité et, par conséquent, sa valeur. Ainsi, par exemple, en 1988, un exemplaire en acier du modèle 25654 est proposé à CHF 24 900. Mais cette fois, personne ne s’en formalise. Au lendemain de la crise du quartz, le monde horloger est entré dans une nouvelle ère. La matière de l’habillage reste un critère de valeur indéniable, mais la qualité la plus recherchée, la plus prisée et la plus valorisée est désormais fondée sur les savoir-faire et l’innovation.
Les générations suivantes
En 1978, pour réduire la hauteur du mécanisme, les concepteurs du Calibre 2120/2800 avaient choisi de ne pas le doter d’un indicateur des années bissextiles, alors même qu’Audemars Piguet avait joué un rôle pionnier dans ce domaine en 1955. Mais peu à peu, le besoin de disposer d’un repère annuel pour régler la montre s’est fait plus pressant. Audemars Piguet franchit le pas en 1996, avec le Calibre 2120/2802. L’histoire qui s’écrit après 1996 est un morceau de choix qui exigera encore de longues et passionnantes études. Mais pour s’en offrir un avant-goût, rappelons quelques jalons qui ont émaillé cette histoire mouvementée.
Deux modèles dominent la première période: la Royal Oak 25820 et sa variante squelettée 25829 qui à eux deux seront fabriqués en plus 2 000 exemplaires, vendus entre 1996 et 2013. D’autres créations méritent d’être citées, en particulier la Royal Oak Jubilé 120 ans 25810OR et son indication périphérique des 52 semaines; la Royal Oak Quantième Perpétuel féminine 33mm modèle 25800 (1996), puis 25932. Autres spécialités, le calendrier annuel est introduit en 1999 (25920), et l’équation du temps en 2010 dans la Royal Oak 26603.
En dépit de cette créativité et du sauvetage in extremis du Calibre 2120 au début du nouveau millénaire, l’intérêt de la clientèle pour les Royal Oak à calendrier se tarit lentement. En 2012, alors que la Royal Oak célèbre ses 40 ans, seuls 13 exemplaires squelettés 25829 sont écoulés dans l’année. Aucune variante non squelettée 25820 n’a quitté le Brassus depuis 3 ans! La Royal Oak Quantième Perpétuel est à bout de souffle. Dans les équipes, on se souvient avec nostalgie des grandes années durant lesquelles Audemars Piguet fabriquait 500 calendriers perpétuels par an! Pour beaucoup, la page est définitivement tournée.
Pourtant, François-Henry Bennahmias, qui a repris les rennes de la société en 2012 y croit dur comme fer. En 2015, les horlogers présentent un calibre de nouvelle génération, toujours fondé sur le 2120, nommé 5134. Il équipe la Royal Oak 26574 qui offre une esthétique revisitée, dynamisée. Les marchés frémissent. A l’occasion de ce lancement, une brochure titrée Audemars Piguet Calendar Watches relate l’histoire des calendriers de la marque. Elle est suivie en 2018 du livre Audemars Piguet 20th Century Complicated Watches. Si ces publications nourrissent l’intérêt des collectionneurs, le moment le plus fort de ce renouveau se déroule à partir de 2017, avec le lancement de la Royal Oak Quantième Perpétuel 26579CE en céramique noire. Dès lors, aucun doute n’est plus permis: la renaissance aura bien lieu. Et le succès dépassera tout ce qui a précédé.
En parallèle, le mécanisme du calendrier perpétuel est revisité en profondeur, pour aboutir en 2018 à la Royal Oak Quantième Perpétuel Automatique Ultra-Plate RD#2 (6,3mm). D’une hauteur de 2,89mm, son calibre 5133 pulvérise le record de finesse détenu durant 40 ans par le 2120/2800 (3,95mm). Mieux qu’un record, c’est une nouvelle façon de penser l’architecture mécanique qui émerge…

En résumé
Les Royal Oak à calendrier s’inscrivent dans la grande tradition des montres à complication. Elles perpétuent l’art multiséculaire des garde-temps astronomiques, lesquels puisent leur origine millénaire aux sources de l’histoire des calendriers et de l’émergence des civilisations.
La première Royal Oak à calendrier est présentée en 1983. Elle indique alors le jour et la date dans de grands compteurs, qui lui valent le surnom de « hibou ». Sa variation 5594 (25594) avec lune à 6h restera au catalogue durant plus de 20 ans, établissant un record. En 1984, la Royal Oak franchit une nouvelle étape en adoptant pour la première fois une complication classique: le calendrier perpétuel. Née d’une tentative un peu folle de faire entrer dans une Royal Oak 5402 (7,1mm de hauteur) le Calibre 2120/2800, le modèle 25554 connaît un naissance compliquée. Seuls l’opiniâtreté et le talent des horlogers du Brassus lui permettront d’ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire, riche en promesses.
Entre 1984 et 1994, douze modèles sont créés, fabriqués en 1 746 exemplaires. Dépourvue de l’indication des années bissextiles, cette première génération compte trois types de boîtes. Le premier atteint 7,5mm de hauteur, un exploit inégalé à ce jour. Avec 8,3mm, le second offre une meilleure étanchéité. Quant au troisième, ses 8,8mm lui permettent d’ouvrir son fond et de mettre en lumière la beauté du mécanisme, parfois squeletté.
En 1996, alors que le Calibre 2120/2800 laisse place au 2120/2802, l’histoire ne fait que commencer…
| ROYAL OAK QUANTIEME PERPTUEL 2120/2800 | VENTES | |||||||||||
Lancement ou première commercia- -lisation |
Modèle | Matières (pemière occurence) |
Modèle dérivé de | TOTAL | ST | BA | SA | PT | OR | RP | PR | SP |
| TOTAL | 1'746 | 514 | 885 | 70 | 116 | 24 | 61 | 25 | 51 | |||
| 1984 | 25554 | BA (1984), ST (1985), PT (1986) | base | 270 | 46 | 223 | 1 | |||||
| 1985 | 25624 | BA (1985) | 25554 | 1 | 1 | |||||||
| 1986 | 25636 | BA (1986), PT (1987), ST (1988), OR (1991), RP (1994), PR (prob 1994), SP (1994) | base | 313 | 61 | 156 | 41 | 6 | 24 | 25 | ||
| 1986 | 25651 | BA (1986) | 25636 | 1 | 1 | |||||||
| 1987 | 25654 | ST (1987), BA (1987), SA (1987), PT (1988) | base | 851 | 315 | 430 | 68 | 38 | ||||
| 1988 | 25659 | BA (1988), PT (1995) | 25636 | 4 | 3 | 1 | ||||||
| 1989 | 25687 | BA (1989); PT (1994) | 25654 | 3 | 1 | 2 | ||||||
| 1989 | 25688 | PT (1989) | 25636 | 1 | 1 | |||||||
| 1989 | 25686 | BA (1989), PT (1989), ST (1990), RP (1991), OR (1993), SP (1994), PR (1997), | 25636 | 299 | 92 | 70 | 0 | 31 | 18 | 37 | 25 | 26 |
| 1990 | 25694 | PT (1990) | 25636 | 1 | 1 | |||||||
| 1994 | 25775 | SA (prob 1994) | 25636 | 1 | 1 | |||||||
| 1994 | 25773 | SA (prob 1994) | 25654 | 1 | 1 | |||||||
































































































































































