AP 150 years
Explorer
FR
Article

Manipuler le temps

Introduction
Couronnes, leviers, poussoirs, targettes... sans ces dispositifs aux noms étranges, il serait impossible d’agir sur les mécanismes horlogers. Car une montre a besoin de notre énergie et de notre intervention : pour être remontée, mise à l’heure, faire sonner une répétition, chronométrer une course ou ajuster la date. Ces gestes, devenus familiers, reposent sur une ingénierie de précision, souvent invisible, mais essentielle. Agir sur les mécanismes délicats des montres n’est jamais anodin, tant ces derniers sont sensibles, fragiles et précis. L’histoire de l’utilisation des montres est aussi mal connue qu’essentielle. Elle évoque ces éléments que l’on voit à peine, mais qui accompagnent notre quotidien. Publié à l’occasion du lancement de deux dispositifs innovants, l'un concernant les poussoirs de chronographe et l'autre le réglage des calendriers perpétuels, cet article met en lumière les grandes évolutions des relations entre l’homme et la mécanique horlogère.

1

La montre prolongement du corps?

Comment interagir avec les objets techniques qui peuplent nos vies ? Ouvrir une porte de voiture, allumer la lumière, régler le débit et la température de l’eau de la douche, déverrouiller son portable… On tourne, on pousse, on appuie, on tire, on touche, sans même y prêter attention. Les relations entre l’homme et la machine, la main et l’outil, l’esprit et la technique, sont très riches, mais on n'en parle presque jamais. Un objet parfaitement ergonomique se fait oublier, tant il agit comme le prolongement de notre corps. Et cela, grâce aux milliers d’ingénieurs qui s'efforcent au quotidien de produire des systèmes parfaitement naturels et fluides, faisant oublier leur travail.

Pour une montre mécanique, la question est cruciale car l’objet est petit, son contenu est extrêmement délicat et son énergie limitée provient de nos mouvements. Une montre serait presque un organisme vivant qui dépend de nous pour fonctionner.

Remonter le mécanisme, régler l’heure et la date, activer le chronographe ou enclencher une sonnerie : toutes ces actions nécessitent d’agir sur la mécanique. Or, les horlogers savent à quel point la moindre maladresse peut mettre à mal le cœur de la montre. Au fil des siècles, ils ont conçu et perfectionné des dispositifs toujours plus ergonomiques, visant à réduire autant que possible les risques de dommages, car concilier protection et accessibilité relève presque de l'impossible.

Jusqu’à l’avènement de la montre étanche et antichocs au XXe siècle, l’utilisateur devait se mettre dans la peau d’un horloger. Pour remonter le mécanisme, il fallait ouvrir soi-même la boîte, planter une petite clé dans un minuscule carré et la tourner délicatement. Parfois, il fallait un bâtonnet de bois pour pousser un petit levier dans le mécanisme. Interdiction absolue d’exposer la montre à l’eau ou à trop d’humidité, et le moindre choc pouvait casser l’axe de balancier.

L’industrialisation a tout changé. Le mécanisme, toujours aussi délicat, est aujourd'hui mieux protégé. Mais comment tourner une couronne sans mettre en péril l’étanchéité ? Comment régler facilement la date, le jour, le mois et la phase de Lune d’un calendrier perpétuel ? Les inventions se multiplient et Audemars Piguet participe activement à cette quête de l’ergonomie. 

Pour passer du mode sonnerie au mode silence, l’utilisateur de cette montre de poche Edward Dent (ébauche Louis Audemars) des années 1850 devait ouvrir le fond et actionner de petits leviers. Une opération qui risquait d’endommager le mouvement. Audemars Piguet Heritage, Inv. 695

Pour remonter une montre, il est recommandé de tenir la couronne entre le pouce et l’index et de tourner alternativement dans les deux directions. Illustration publiée dans La Montre, Histoires et savoir-faire, 2025, p. 205.

2

La clé des origines

Durant des siècles, pour remonter les pendules et les montres, les utilisateurs avaient recours à des clés.

Une clé de remontoir est un petit composant que l’on tient entre le pouce et l’index et dont l’extrémité est percée d’une ouverture en forme de carré. De son côté, la montre présente de petits axes de même forme dont la dimension est adaptée aux clés. Il suffit d'introduire la clé dans l’un des carrés de la montre pour agir sur ses éléments ; remonter un barillet ou mettre les aiguilles à l’heure, par exemple.

Du point de vue de la mécanique horlogère, ce système a le mérite d'être simple. En revanche, il met en péril le mouvement : un peu de poussière entre inévitablement dans les rouages, il requiert de l’habileté et une bonne vue pour viser le carré – la technologie des lunettiers de l'époque n’étant pas celle d’aujourd’hui – sans parler du fait que les clés s’usent et qu’elles se perdent.

On ignore souvent que c’est notamment pour pallier ces inconvénients que des horlogers tels qu’Abraham Louis Perrelet, Hubert Sarton ou Abraham Louis Breguet ont développé les toutes premières montres à remontage automatique dans les années 1770. L’utilisateur n’avait plus besoin d’accéder au mécanisme, il devait simplement secouer doucement la montre pour la remonter, donnant naissance à l’appellation «montre à secousse». Quant à la mise à l’heure, elle était réalisée au moyen d’une clé, mais du côté du cadran – le carré étant relié aux aiguilles.

Mais ce système s'est essoufflé. Dans son livre La Montre automatique ancienne, Alfred Chapuis explique que sa disparition après les années 1830 est due à sa complexité, sa fragilité et au coût élevé des premières montres automatiques. Ajoutons qu’une montre bouge moins dans une poche qu’accrochée à un poignet.

Avant l’invention des couronnes de remontoir, le mécanisme des montres était réglé à l’aide de clés, dont certaines étaient soigneusement décorées. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 2273.

Pour remonter et ajuster les fonctions de cette montre des années 1810 attribuée à Piguet Meylan, l’utilisateur doit actionner cinq carrés au moyen de clés. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 675.

Pour remonter et ajuster les fonctions de cette montre des années 1810 attribuée à Piguet Meylan, l’utilisateur doit actionner cinq carrés au moyen de plusieurs clés différentes. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 675.

Pour remonter et ajuster les fonctions de cette montre des années 1810 attribuée à Piguet Meylan, l’utilisateur doit actionner cinq carrés au moyen de plusieurs clés différentes. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 675.

Lorsque la clé était utilisée côté cadran, l’émail risquait d’être endommagé à chaque remontage, comme dans cette montre Lépine de la fin du XVIIIe siècle. Certaines étaient protégées par un œillet métallique. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 1857.

En 1769, la montre de formation achevée par Joseph Piguet, arrière-grand-père d’Edward Auguste Piguet, cofondateur d’Audemars Piguet, comporte deux carrés côté cadran: à 2h pour remonter la montre et au centre des aiguilles pour la mise à l’heure. Collection privée.

En 1769, la montre qui conclut la formation de Joseph Piguet, arrière grand-père d’Edward Auguste Piguet, cofondateur d’Audemars Piguet, comporte un carré côté mouvement pour régler l’avance et le retard de la montre. Collection privée.

Cette montre ultra-plate des années 1830, attribuée à Courvoisier La Chaux-de-Fonds, comporte deux carrés : l’un pour remonter (entouré d’une flèche) et l’autre pour la mise à l’heure (gravure « Aiguilles »). Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 1856.

3

La couronne, conquête technique

Lorsqu’au XIXe siècle l’Europe s’industrialise, les montres deviennent des auxiliaires nécessaires de la modernité. Cependant, les clés de remontage s’avèrent de plus en plus problématiques. Les remplacer par une couronne peut sembler simple, mais pour mettre cette idée en œuvre, les horlogers doivent créer des mécanismes additionnels capables de piloter deux fonctions différentes: le remontage et la mise à l’heure.

Deux systèmes ont longtemps coexisté. Le plus simple techniquement s’appelle le remontoir « à poussette ». Il combine une couronne et un petit poussoir situé juste à côté de celle-ci. Pour remonter la montre, l’utilisateur tourne simplement la couronne. S’il souhaite la mette à l’heure, il doit simultanément appuyer sur le poussoir et tourner la couronne.

Plus ergonomique, le remontoir dit « à tirette » concentre toutes les fonctions dans la couronne. Comme son nom l'indique, il suffit de la tirer pour passer d’une fonction à l’autre. Plus complexe à fabriquer que le système « à poussette », il a mis davantage de temps à se diffuser.

Les principales inventions naissent dans la première moitié du XIXe siècle. Parmi de nombreux horlogers, l’Anglais John Roger Arnold (1820) et les ateliers Breguet (1830) se sont distingués. La vallée de Joux participe activement aux recherches, avec notamment le système développé par Hector Audemars en 1838, ceux d’Adolphe Nicole et d’Antoine LeCoultre en 1846 et 1847 respectivement.

Néanmoins, l’inventeur qui a marqué le plus fortement la naissance des montres à couronne (dite « bouton » à l’époque) est le Français Adrien Philippe. Dans son livre Les Montres sans clé, publié en 1863, il raconte avoir observé en 1842 une montre à couronne de Louis Audemars. Fasciné, il aurait ensuite développé son propre système à tirette – un mécanisme si abouti qu’il séduit Antoine Norbert de Patek, qui s’associe à Adrien Phillipe pour former Patek Philippe.

John Arnold et Adrien Philippe utilisaient le terme « bouton » ou « knob » avant que, dès les années 1870, le terme « couronne » ne s’impose. En 1900, la montre Leroy 01 illustrée ci-dessus prend l’appellation au pied de la lettre. Image © Musée du Temps de Besançon, photographe : Pierre Guenat.

En 1838, Hector Audemars, de la société Louis Audemars, développe un système de montre sans clé qui sera utilisé par Patek Philippe. Illustration tirée de Louis Audemars par Hartmut Zantke 2003, p. 131

Développé en 1838 par les ateliers Louis Audemars, le système de remontage et mise à l’heure sans clé combine une couronne et un poussoir. Montre Patek et Czapek n° 713 de 1844, ébauche Louis Audemars. Catalogue Antiquorum Genève, vente 11.11.2001, lot 66.

Le remontoir à bascule développé par Antoine Le Coultre a le mérite de la simplicité, tiré des systèmes à poussette. Le poussoir fait basculer le rouage pour passer du remontage à la mise à l’heure. Illustration tirée de Louis Audemars par Hartmut Zankte 2003, p. 132

Situé à gauche ou à droite de la couronne, un petit poussoir permet d’activer la mise à l’heure en combinaison avec la couronne. C’est ce que l’on appelle le système à poussette.

Au début des années 1840, Adrien Philippe, futur associé de Patek Philippe, développe un remontoir tirette dont le principe s’imposera peu à peu dans l'horlogerie. Illustration tirée de Histoire de l’Horlogerie, par Pierre Dubois 1849, p. 375

Cette planche présente douze systèmes de mise à l’heure développés entre 1840 et 1888 dont quatre à tirette. Les trois premiers sont de A. Philippe, L. Audemars et A. Lecoultre. Journal suisse d’Horlogerie, juillet 1888, planche hors texte.

Mécanismes de montres sans clé, 1840-1880. En haut, le système Adrien Philippe ; au milieu, celui d’Antoine Le Coultre. Planche publiée par Eugène Jaquet et Alfred Chapuis dans Histoire et Technique de la Montre Suisse, 1945.

Ce schéma du remontoir à tirette classique au XXe siècle présente la partie dédiée à la mise à l’heure de la montre. Illustration tirée de La Montre. Histoire et savoir-faire, 2025, p. 405

Ce schéma du remontoir à tirette classique au XXe siècle présente la partie dédiée au remontage de la montre. Illustration tirée de La Montre. Histoire et savoir-faire, 2025, p. 405

4

La couronne, une question de style!

Dès son introduction, la couronne devient un élément stylistique important de la montre. Sa forme, sa discrétion ou – au contraire – son expressivité et la profondeur de son crénelage en disent long sur son identité. Une couronne ne serait toutefois jamais considérée sans une appréciation de la montre complète.

Les toutes premières couronnes étaient placées à l’intérieur de la bélière de la montre de poche, cette petite boucle qui servait à suspendre les montres à une chaîne. Un emplacement qui, d'ailleurs, semblait les attendre depuis toujours. D’abord petites rondelles très fines, les couronnes des montres de poche ont rapidement  gagné en ampleur et en volume, devenant plus visibles et aussi plus ergonomiques.

L’arrivée des montres-bracelets a bouleversé les règles du jeu, notamment puisque ces dernières n’ont pas de bélière. Dans les années 1920, les couronnes se sont alors souvent affinées, jusqu’à presque se fondre dans la carrure de la montre. Cette quête de discrétion absolue a même parfois conduit à l’escamotage de la couronne: tantôt cachée sous le fond de la montre (on parle alors de « remontoir dessous »), tantôt logée sous la lunette, en particulier dans les montres-bracelets bijoutières.

Contre-pied de cette tendance, un courant s’est développé au XXe siècle, faisant de la couronne un attribut esthétique et identitaire important. Parfois réhaussée d’un cabochon, elle porte un logo, se couvre de caoutchouc et grandit au-delà du besoin purement fonctionnel. Exemple intéressant, la couronne des premières Royal Oak est racontée ici.

Au-delà de sa fonction, la couronne est un attribut esthétique important. Ces quelques exemples tirés de la Collection du Patrimoine Audemars Piguet offrent un aperçu de la diversité des couronnes à travers l’histoire. Patrimoine Audemars Piguet.

Les premières couronnes ressemblaient à de petites rondelles plates et crénelées placées sur le bouton de la bélière. Illustration tirée de Histoire de l’Horlogerie, par Pierre Dubois 1849, p. 375

Un peu plus épaisse que la précédente, cette couronne gagne en présence et en ergonomie. Montre Bourdin vers 1860, Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 424.

La couronne sphérique cannelée occupe presque intégralement l’espace de la bélière. Montre de poche chronographe Audemars Piguet, 1889, Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 8

Cette couronne est logée sur un pendant surdimensionné et une bélière accrochée à un axe horizontal. Grande sonnerie Audemars Piguet, 1895. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 1944

Cette bélière ornementale encadre une discrète couronne en forme de poire, dont le poussoir intégré actionne le « secret » visible à 12h, pour ouvrir le couvercle de la montre. Calendrier perpétuel Audemars Piguet, 2000, Patrimoine Audemars Piguet, inv. 971.

Sertie d’un cabochon, la couronne participe à la dimension bijoutière de cette montre Audemars Piguet fabriquée en 1920. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 133

Tout dans cette montre à double complication de 1942 évoque le classicisme sophistiqué, y compris sa couronne. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 1137

La couronne de cette montre Audemars Piguet de 1971 se cache sous la lunette en pierre, grâce à la spécialité nommée « remontoir dessous ». Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 1050.

La couronne de la Royal Oak de 15300 (2005) combine l’hexagone et la forme ronde, clin d’œil à la lunette octogonale qui encadre le cadran. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 1677

5

Les poussoirs

Appuyer sur un bouton pour déclencher une fonction : un geste des plus simples qui relie l’Homme à la machine. Appeler un ascenseur, allumer une lumière, ouvrir le couvercle d’une montre de poche… En horlogerie, ce bouton s’appelle « poussoir ». Il se décline en de multiples formes et active de nombreuses fonctions.

Sur les anciennes montres de poche à sonnerie, c’est souvent en exerçant une pression assez forte sur la bélière ou en appuyant un bouton semi-rotatif placé dans cette même bélière que l’on faisait sonner la montre (voir illustrations). Par ailleurs, certaines montres avaient de petits poussoirs latéraux pour corriger la date, la Lune, ou les fuseaux horaires.

Mais c’est avec l'avènement du chronographe que le poussoir est véritablement entré sur la scène horlogère. Les premiers mécanismes, nommés « monopoussoirs », n'utilisaient qu'un poussoir pour activer successivement les fonctions de marche, d’arrêt et de remise à zéro. Au XXe siècle, un second poussoir fait son apparition : le premier activait le démarrage, l’arrêt et la relance du chronographe, tandis que le second assurait la remise à zéro.

Parfois intégrés à la couronne pour plus de discrétion, parfois surdimensionnés pour affirmer leur présence, les poussoirs se déclinent selon les usages et les esthétiques.

Selon la fonction qu’ils déclenchent, les poussoirs exigent des quantités variables d’énergie. Le confort d’utilisation des couronnes et des poussoirs participe à l’excellence horlogère. La force nécessaire à leur activation, la fluidité de leur coulissement, la course (profondeur), mais aussi leurs dimensions, la qualité de leur surface, leur synchronisation avec les fonctions du mouvement : autant de critères qui constituent des gages de qualité.

Leur vulnérabilité n’est cependant pas à négliger. Un choc sur un poussoir ou une couronne peut se propager jusqu’au cœur du mécanisme et provoquer de graves dégâts. Pour les protéger, certaines montres arborent des protège-poussoirs, destinés à absorber les chocs tout en préservant l’accès aux commandes. Certains d’entre eux sont d’ailleurs pivotant, et permettent de recouvrir entièrement les poussoirs, pour une protection parfaite.

 

Cette montre-bracelet à chronographe de 1945 présente des poussoirs en forme d’amande, également surnommés navettes. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 1719.

Une profonde pression sur la bélière remonte le ressort. Le chien commence alors à aboyer en secouant la tête, ses aboiements indiquant l’heure et la minute. Montre automate Piguet Meylan, vers 1815. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 2208

En appuyant sur le poussoir de la couronne, un petit élément en acier visible à 3h – le « secret » – libère le couvercle de la montre, qui s’ouvre grâce à un ressort. Montre de poche à sonnerie, 1890. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 22.

Le poussoir intégré à la couronne actionne successivement la marche, l’arrêt et la remise à zéro du chronographe. Celui placé à 11h est dédié à l’aiguille de rattrapante. Chronographe, 1913. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 1169.

Pour conserver l’ouverture savonnette à la couronne, les deux poussoirs sont placés à 11h et 1h. Montre de poche Audemars Piguet à foudroyante, 1890. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 583.

Dans les premières montres-bracelets chronographe Audemars Piguet, le poussoir de marche, arrêt et remise à zéro était intégré dans la couronne.  Illustration du pré-modèle 183B, 1930. Archives Audemars Piguet.

Illustration du pré-modèle 183B, 1930. Archives Audemars Piguet. Modèle 5521, 1955. Collection Pygmalion.

Surnommée « stop seconde », le petit poussoir situé à 9h permet d’arrêter momentanément l’aiguille des secondes pour une mise à l’heure des plus précises. Modèle 5065, Calibre VZSSC, 1953. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 303.

Modèle 5065, Calibre VZSSC, 1953. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 303. Royal Oak Offshore Survivor, 2008, réf. 26165. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 1316.

Le poussoir à 4h est sécurisé par une couronne vissée. Il permet de sélectionner la position « N » qui désactive tout lien mécanique entre le poussoir et le mécanisme, assurant ainsi sa protection. Royal Oak Concept 25980, 2002, Patrimoine Audemars Piguet, inv. 564.

Facettés et minutieusement terminés, les poussoirs et la couronne en céramique « Bleu Nuit, Nuage 50 » s’accordent avec la lunette, dans un jeu de reflets et de matières parfaitement maîtrisé. Royal Oak Offshore Chronographe Automatique, 2025, réf. 26420SO.

6

Leviers, targettes et consorts

« Tire la chevillette, la bobinette cherra » : ainsi s’ouvre la porte de la grand-mère dans « Le Petit Chaperon rouge » de Perrault, en 1697. Ces termes à la fois techniques et un peu mystérieux, l’horlogerie en raffole. Ainsi, au-delà des couronnes et des poussoirs, certaines montres s’équipent de targettes, gâchettes, verrous, « secret », leviers ou encore de bélières à bascule.

Le plus célèbre de ces mécanismes est sans doute la targette des montres à sonnerie. Elle requiert un peu de dextérité pour la faire glisser : en tenant fermement la montre d’une main, sans appuyer sur le verre, l’autre doit faire coulisser la targette avec l’ongle ou l’extrémité d’un doigt. Un peu de force s’impose pour armer le ressort qui actionnera ensuite la sonnerie. Une fois la targette relâchée, la montre donne l'heure en musique.

Autre élément important des montres de poche, le « levier » peut remplir plusieurs fonctions. Il permet, par exemple, de sélectionner un mode de sonnerie : petite sonnerie, grande sonnerie ou silence. Sur certains modèles anciens, un petit levier est placé sur la lunette. L’utilisateur n’a qu’à le tirer pour mettre la montre à l’heure avec la couronne. Et lorsque ce système équipe des montres savonnette, en refermant le couvercle, le levier reprend sa position originelle, ce qui évite toute mise l’heure involontaire. Il suffisait d’y penser!

Cette montre-bracelet est équipée d’une targette discrètement intégrée sur le flanc gauche de la boîte. 1992, montre-bracelet Audemars Piguet à répétition minutes et heure sautante, réf. 25723, 1993. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 661.

On aperçoit à 12h et 6h15 les leviers de réglage de la sonnerie, auxquels s’ajoutent 3 correcteurs du calendrier cachés sous la lunette. L’image du bas présente les mécanismes sous le cadran. Grande Sonnerie Audemars Piguet, 1895. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 1944.

À 4h, un petit levier permet de sélectionner le mode de mise à l’heure. Sa forme arrondie garantit un retour en position lorsque le couvercle de la montre se referme. Chronographe Audemars Piguet vendu en 1899. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 57

Le levier, qui ressemble à un verrou, permet de passer du mode silence à celui de la petite sonnerie, puis à la grande sonnerie. Montre Audemars Piguet réalisée par Philippe Dufour, 1989. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 923.

Sur le côté de la boite, entre 2h et 5h, la targette de la répétition minute est le seul signe visible qui indique que cette montre est une répétition. Montre de poche à sonnerie Audemars Piguet pour Tiffany, 1897. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 35.

Située à droite de la boite, la targette entraîne tout le mécanisme de sonnerie de cette très petite pièce de 21 mm. Montre de poche à répétition, 1912. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 982.

À 12h, le «secret» permet de verrouiller le couvercle. À 1h, le levier sert à la mise à l’heure. À 3h30 et 8h50, les deux leviers pilotent le mode de sonnerie. Grande sonnerie ébauche attribuée à Louis Elisée Piguet, vers 1890. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 10.

À gauche, un petit poussoir dissimulé dans un protège-poussoir permet la mise à l’heure grâce à un système de poussette. À sa droite, un levier-verrou ajuste le mode sonnerie ou silence. Sur le flanc opposé, un poussoir actionne la rattrapante. Montre de poche Universelle, 1899. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 1713.

7

Spécialités

Plus une montre possède de fonctions, plus le nombre d'éléments d’activation et de correction se multiplie. Comment préserver l’harmonie esthétique de la pièce ? Comment éviter de parsemer la boîte de poussoirs, de couronnes et de leviers ? Les horlogers ont compris très tôt l’importance de hiérarchiser ces dispositifs selon leur fréquence d’utilisation. Le secret de l’ergonomie étant de rendre très discrets les dispositifs rarement sollicités, tout en conservant la facilité d’utilisation.

Pour ouvrir le couvercle d’une montre savonnette, les horlogers ont presque toujours disposé un poussoir dans la bélière intégrée à la couronne. Or les montres de poches à chronographe utilisaient exactement le même emplacement pour activer le chronographe. Alors que faire lorsqu’une montre à savonnette possède également cette fonction ?

Faut-il ajouter un poussoir distinct, au risque de revoir tout le mécanisme de la montre ? Ou combiner les deux fonctions au même endroit, sans que l’ouverture du couvercle n’entraîne l’activation du chronographe ?

Dans ce court chapitre, nous explorons quelques exemples de dispositifs particuliers qui équipent certaines  montres de la Collection du Patrimoine Audemars Piguet. Des réponses techniques, qui témoignent de l’ingéniosité sans limite des horlogers.

Sur cette montre chronographe signée Louis Audemars, fabriquée vers 1866, le poussoir permet à la fois d’ouvrir le couvercle et d’enclencher le chronographe. À 5h, un minuscule poussoir (ici entouré en rouge) bloque la fonction chronographe lorsque le couvercle est fermé. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 72.

La petite rondelle placée sur le bouton de la bélière sert à ouvrir le fond de la montre sans risque de fendre le portrait émaillé de Napoléon. Dispositif habituellement utilisé pour les montres savonnette. Montre Robin Paris, vers 1840. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 528.

Pour enclencher la sonnerie de cette montre attribuée à Piguet Meylan, vers 1810, l’utilisateur tire légèrement le poussoir dans la bélière, effectue une rotation d’un quart de tour et appuie doucement. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 675.

De petites vis mobiles, ici entourées en rouge, sont placées sous les poussoirs du chronographe. Lorsque le couvercle est fermé, elles viennent se loger dans de petits trous, également entourés en rouge, empêchant ainsi toute activation accidentelle du mécanisme. Montre de poche à chronographe, 1892. Patrimoine, Inv. 1475.

Sur ce garde-temps, il suffit de basculer la bélière en arrière pour sélectionner le mode de mise à l’heure. Montre Jürgensen à chronographe rattrapante et compteur minute sautante au centre, vers 1890. Patrimoine Audemars Piguet, inv. 97.

Cette montre double savonnette, datant de la fin du XIXe siècle, indique l’heure d’un côté et le calendrier de l’autre. Pour ouvrir le premier couvercle, il suffit de basculer la bélière du côté opposé et d’appuyer sur la couronne, et vice versa. Patrimoine Audemars Piguet, inv. 102.

Lorsque le couvercle est fermé, il exerce une pression sur un petit poussoir situé à 4h, bloquant ainsi le mécanisme de remontage. À quoi sert une telle sécurité ? Le mystère persiste. Les deux autres poussoirs, à 12h et 7h15, permettent d’ajuster le calendrier rétrograde. Vers 1880. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 904.

À droite de la gravure « Paris », un dispositif à clé permet au propriétaire de régler la marche de sa montre à l’aide d’une simple clé - une opération habituellement réservée aux horlogers -, qui indique « A » pour avance et « R » pour retard. Montre Bourdin, vers 1860. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 424.

Visible à 8h30, le petit marqueur servant à indiquer et régler l’alarme est entrainé par la lunette tournante. Quant aux poussoirs, celui de la couronne ouvre le fond de la montre tandis que celui à 11h15 permet de faire la mise à l’heure. Montre de poche signée Gironde, vers 1895. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 698.

Montre de poche signée Gironde, vers 1895. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 698. Montre de poche à répétition minutes, 1920. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 1736.

8

Étanchéité et sécurité

Les poussoirs et couronnes relient l’extérieur à l’intérieur de la montre, un peu comme nos oreilles, notre bouche ou nos yeux nous relient au monde. Ils sont à la fois essentiels et vulnérables, car ils peuvent aussi laisser passer des éléments indésirables. À la différence du corps humain, la montre ne dispose d’aucun anticorps pour se défendre des intrus.

Dès la fin du XIXe siècle, les inventions se multiplient pour protéger le mécanisme. En 1883, la marque Alcide Droz & Fils dépose un brevet pour des montres hermétiques à la poussière. Quarante ans plus tard, en 1923, John Harwood présente la première montre imperméable et automatique, sans couronne, dont la mise à l’heure s’effectue par rotation de la lunette. À cette époque, la solution la plus courante pour protéger la montres de la poussière et de l’humidité consiste à visser les composants. Le système est fiable, à condition que chaque composant soit parfaitement ajusté. La couronne vissée de l’Oyster de Rolex est sans doute l’exemple le plus célèbre.

Aujourd’hui, l’étanchéité repose souvent sur des joints d’étanchéité en caoutchouc synthétique. Cette technique apparaît dans un brevet de 1897 (CH13807), mais il faut attendre les années 1930-1940 pour que son utilisation se généralise.

En toute logique, les premières montres étanches sont sportives. Pourtant, dès les années 1940, l’étanchéité commence à s’appliquer aux montres classiques. Ne pas avoir à retirer sa montre pour se laver les mains, c'est tout de même très pratique ! En 1972, ces deux univers se rencontrent avec la Royal Oak 5402 : une montre de luxe et sportive, étanche à 10 ATM (100 mètres de profondeur). Son étanchéité repose sur la combinaison de deux approches traditionnelles : le vissage et le joint. Pour en savoir plus, découvrez l’article dédié à la boîte Royal Oak

Avant de quitter les ateliers Audemars Piguet, l’étanchéité des montres est testée, d’abord sans le mécanisme, puis avec ce dernier, comme l’illustre cette image. Ateliers Audemars Piguet.

En 1883, la société Alcide Droz & Fils brevète une boîte de montre baptisée « l’imperméable ». Variante américaine du brevet, US307027A.

Comme au XVIIIe siècle, les premières montres-bracelets automatiques visent à limiter les risques d’endommager le mécanismes lors du remontage. Brevet John Harwood déposé en 1923.

Les premières montres Oyster de Rolex n’étaient étanches que lorsque leur couronne était entièrement vissée. En l’absence de joint d’étanchéité, la précision d’usinage devait être absolue. . Journal suisse d’horlogerie et de bijouterie, 1935, no 9-10, p. 29.

Schéma d’une couronne vissée étanche : 1. La coiffe 2. Le joint d’étanchéité dans la creusure 3. Le canon 4. L’épaulement du canon 5. Les six pans du canon 6. La tige de remontoir 7. Le manchon

La couronne de la Royal Oak Offshore Diver (15703) compte à elle seule cinq joints d’étanchéité, un ressort et un pas de vis. Archives Audemars Piguet.

Le joint d’étanchéité surdimensionné est comprimé entre la lunette et la carrure au moyen de huit vis-écrous qui traversent l’ensemble de la boîte. Un percement latéral relie la couronne au mécanisme. Royal Oak (5402), 1972.

9

Corrections interdites

L’étanchéité n’est pas la seule difficulté posée par les couronnes et les poussoirs. Un autre élément inquiète particulièrement les horlogers : les corrections inopportunes. En effet, lorsque certaines opérations mécaniques sont en cours dans la montre, il est dangereux de la régler.

Régler la date d’une montre à calendrier des années 1920 alors qu’une minuscule goupille est en train de pousser la date ou la lune, peut assurément la casser. Depuis un demi-siècle, les systèmes sont mieux sécurisés, mais la prudence reste de mise. La règle d’or: ne jamais appuyer trop fort sur un correcteur. S’il résiste, c’est qu’il ne doit pas être actionné à ce moment-là. En l’absence d’un mode d’emploi, une méthode simple consiste à faire tourner les aiguilles sur 24h et observer à quel moments les indications changent. Il suffit ensuite d’effectuer les réglages à l’opposé de ces sauts - si la date saute à 23:45, il est certain que ce correcteur pourra être manipulé autour de midi.

Autre correction interdite : mettre à l’heure une répétition minutes durant sa sonnerie, sous peine de dommage majeure du mécanisme de répétition (limaçon des minutes, bec de la pièce des minutes, tenons…).

Mais comment s’assurer que ces règles d’or soient connues et respectées des utilisateurs ? Pour les montres à sonneries, les horlogers ont longtemps compté sur la culture horlogère du propriétaire, les explications du vendeur ou la lecture attentive du mode d’emploi. Cela n’a pas empêché quelques gestes malheureux. En 2016, Audemars Piguet a créé un dispositif de sécurisation inédit : lorsque la montre sonne, il est presque impossible de tirer la couronne pour passer en position de mise à l’heure.

Ces dispositifs de sécurisation sont des étapes importantes dans la quête de l’ergonomie. Ils sont rarement communiqués, à peine perceptibles par les personnes qui portent les montres, et pourtant essentiels. L’ergonomie, en horlogerie comme ailleurs, n'est remarquée que lorsqu’elle fait défaut. Un fauteuil confortable épouse la forme du corps d’une manière si fluide qu’on en oublie presque sa présence. Il en va de même pour une montre bien pensée.

Ce mécanisme est capable de « lire » l’heure et de la restituer de manière sonore. Durant le processus de sonnerie, il est formellement interdit de procéder à la mise à l’heure, au risque d’endommager gravement le mouvement. Calibre 11SMV, 1924. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 1227.

Dans cette montre de poche Audemars Piguet, le jour saute entre 23h15 et 23h40, la date à minuit, le mois vers 00h10 et la Lune à 1h. Il est donc recommandé de régler la montre vers midi. Montre de poche à quantième perpétuel, 1952. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 1053.

Il faut un œil aguerri pour distinguer les doigts et les minuscules goupilles qui entraînent les informations calendaires de ce mouvement. Ces composants se briseraient si la date était réglée au mauvais moment. Calibre 10GHSMQ, 1920. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 183.

Le Calibre 2120/2800 à calendrier perpétuel a été construit pour permettre les réglages à tout moment, sans risque pour le mécanisme, quelle que soit l’heure. Calibre 2120/2800, 1978. Patrimoine Audemars Piguet.

Équipé du Calibre 2937, ce modèle intègre un dispositif de sécurité conçu pour empêcher toute mise à l’heure pendant la sonnerie. Royal Oak Concept Supersonnerie (RD#1), 2016, réf. 26576.

Le Calibre 2937 est pourvu d'une protection invisible, mais essentielle : une fois le mécanisme de répétition enclenché, tirer la couronne devient pratiquement impossible. Calibre 2937, 2016. Patrimoine Audemars Piguet.

10

Régler un calendrier

Le cas des calendriers perpétuels est particulièrement révélateur. Cette complication, hautement valorisée, a été conçue pour que les montres indiquent la date exacte durant un siècle – au moins, en tenant compte des durées variables des mois : 30 jours, 31, 28 et le 29 février tous les 4 ans.

Or, les propriétaires de montres à quantième perpétuel (QP) possèdent souvent plusieurs garde-temps. Et lorsqu’ils ne portent par leur QP – à moins qu’il s’agisse d’un modèle automatique remonté par un système pivotant électrique – la montre finit par s’arrêter. Par conséquent, il faut corriger les informations calendaires à chaque remise en marche.

Corriger soi-même un QP demande méthode, temps et une certaine dextérité. La première étape consiste à localiser les correcteurs discrètement intégrés dans la carrure , souvent minuscules, sachant qu'il peut y en avoir jusqu'à cinq. Ensuite, une fois l’outil fourni avec la montre retrouvé, il faut actionner chaque correcteur dans un ordre précis, le bon nombre de fois, sans glisser –au risque de rayer la boîte. En somme, il est rare qu’une montre à calendrier perpétuel indique la bonne date. Un paradoxe pour une complication censée la garantir pendant un siècle.

À l’occasion de ses 150 ans, Audemars Piguet a développé un dispositif « tout à la couronne » simple et intuitif, permettant d’ajuster toutes les indications calendaires, de remonter la montre et de la mettre à l’heure, en utilisant uniquement la couronne. À l’intérieur, plusieurs mécanismes interagissent selon le sens de rotation de la couronne et la position de sa tirette, qui offre quatre configurations distinctes en tenant compte de l'aller et du retour. L’explication peut sembler complexe, mais la manipulation est étonnamment fluide.

Gageons qu’avec ce système, les calendriers perpétuels seront désormais plus souvent à la bonne date !

Présentée en 2025 à l’occasion des 150 ans d’Audemars Piguet, la Royal Oak Quantième Perpétuel Automatique (réf. 26674) n’a besoin ni de correcteurs autour de la boîte ni d’outil de correction. Tout est réalisé à la couronne.

Toutes les fonctions de la montre sont réglée via la couronne. Les horlogers ont exploité non seulement les trois positions classiques de la tirette, mais aussi le sens de rotation pour répartir les différentes fonctions. Calibre 7138, 2025.

Chaque position de la couronne met en œuvre une partie différente du mécanisme. En position 2 et 2’, le fait de tourner dans un sens et dans l’autre engrène d’autres fonctions. Calibre 7138, 2025.

Fait rarissime pour une montre à quantième perpétuel, les flancs de la boîte ne comportent aucun correcteur. Code 11.59 by Audemars Piguet Quantième Perpétuel Automatique, 2025, réf. 26494.

À 10h, 12h et 6h, on distingue les leviers de réglage du calendrier perpétuel. Montre de poche Grande Complication, 1885. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 591.

Minuscule, le correcteur de Lune à gauche de la couronne se distingue par sa discrétion et par la délicatesse de son utilisation. Montre à calendrier complet, pré-modèle 180, 1930. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 1770.

Deux correcteurs se distinguent de la carrure. Montre à calendrier perpétuel, 1990, réf. 25681. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 1125.

Pour permettre le réglage du calendrier, les bijoutiers ont soigneusement contourné et encadré les poussoirs correcteurs. Montre à quantième perpétuel Audemars Piguet, 1984, réf. 25579. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 1579.

Avant l’avènement des ordinateurs et des smartphones, les modes d’emploi étaient indispensables pour ajuster les indications d’un calendrier perpétuel, notamment la date et les phases de Lune. Archives Audemars Piguet.

Chacun des quatre éléments qui émergent du mouvement correspond à une fonction calendaire : jour, mois, date et phase de Lune, et se relie directement aux poussoirs correcteurs disposés autour de la boîte. Calibre 2141/2806, 1996. Archives Audemars Piguet.

11

Les poussoirs RD#5

Depuis ses prémisses aux XIXe siècle, le chronographe a connu de nombreuses évolutions techniques : aiguille de rattrapante, foudroyante, roue à colonne, came (ou navette), embrayage vertical, fonction de retour en vol (flyback), chronographe automatique, Laptimer, ... Autant d’innovations qui ont enrichi cette complication emblématique.

Pourtant, un élément n'avait encore jamais évolué : la remise à zéro (ou « reset »). La force et la précision nécessaires pour que toutes les aiguilles reviennent à midi en une fraction de seconde est colossale, à son échelle, bien sûr. Breveté par Adolphe Nicole en 1844, le système repose sur un marteau qui, lorsque l’on appuie sur le poussoir, vient frapper un cœur avec suffisamment d’énergie pour le faire tourner et revenir à zéro.

À la fin des années 2010, Audemars Piguet a lancé une réflexion autour des poussoirs : comment les rendre plus petits, plus sensibles - à l’image des boutons de smartphones ? En un mot, plus ergonomiques. Une conclusion s’est rapidement imposée. Il fallait repenser en profondeur le système hérité de Nicole.

Sur la Royal Oak « Jumbo » Tourbillon Volant Chronographe Automatique Extra-Plat RD#5 , le mécanisme derrière les poussoirs à faible course et faible force remonte un petit ressort qui se tend à mesure que les aiguilles du chronographe avancent. Lorsque l’utilisateur appuie sur le poussoir, ce ressort est libéré et ramène les aiguilles à zéro, sans effort supplémentaire. Imaginez un enfant assis sur une balançoire. S’il a les pieds au sol, il faut le pousser pour le mettre en mouvement. Mais s’il est déjà suspendu en hauteur, il suffit de le lâcher pour qu’il se balance. Ce nouveau chronographe fonctionne de la même manière : l’énergie est stockée en amont, puis libérée au bon moment.

Étant plus petit, le poussoir exige moins de force et offre une meilleure réactivité. Ce qui pourrait sembler une évolution mineure constitue en réalité une innovation majeure, qui ouvre un nouveau chapitre dans l’histoire du chronographe.

Les deux poussoirs dits «à faible course et faible force» de la Royal Oak « Jumbo » Tourbillon Volant Chronographe Automatique Extra-Plat RD#5 (réf. 26545) sont visibles de part et d’autre de la couronne.

Royal Oak « Jumbo » Tourbillon Volant Chronographe Automatique Extra-Plat RD#5, 2025, réf. 26545.

Par sa taille réduite, le poussoir limite la course et améliore la réactivité lors de la mise en marche. Il nécessite moins de force d’appui, l’énergie étant préalablement stockée dans le mécanisme. Royal Oak « Jumbo » Tourbillon Volant Chronographe Automatique Extra-Plat RD#5, 2025, réf. 26545.

À mesure que l’aiguille des secondes progresse, le râteau avance et tend le ressort qui permettra la remise à zéro. Après un tour, le ressort se détend et le processus recommence. Royal Oak « Jumbo » Tourbillon Volant Chronographe Automatique Extra-Plat RD#5, 2025, réf. 26545.

La fonction de retour en vol (flyback) repose sur le même principe que la remise à zéro, à une différence près : l’aiguille redémarre instantanément pour mesurer un temps successivement. Royal Oak « Jumbo » Tourbillon Volant Chronographe Automatique Extra-Plat RD#5, 2025, réf. 26545.

Publié en 1951, ce dessin illustre la construction classique des chronographes au XXe siècle. On aperçoit au centre le cœur (A), entrainé par un puissant marteau (B), qui permet la remise à zéro. Les Montres Compliquées par François Lecoultre, 1951, p. 29.

Dans le système traditionnel, le cœur (C) porte l’aiguille des secondes et tourne lentement. Le marteau (L) le frappe avec beaucoup de force de manière à remettre l’aiguille à zéro. Le Chronographe par I. E. Lecoultre, 1894.

12

À la fois simple et compliquée

La simplicité d’utilisation d’une montre peut parfois dissimuler une complexité mécanique considérable.

Présentée en 2023, la Code 11.59 by Audemars Piguet Ultra-Complication Universelle RD#4 compte parmi les montres les plus compliquées du monde, avec 40 fonctions dont 23 complications. Ce projet pharaonique a mobilisé cinq constructeurs, des dizaines de spécialistes et requis sept ans de développement. L’objectif était de crée la montre ultra-compliquée à la fois la plus simple d’utilisation et la plus ergonomique. Avec un diamètre inférieur à 42 mm, un poids de moins de 180 g et un cadran d’une lisibilité remarquable où toutes les informations calendaires sont regroupées dans des guichets, cette montre marque un jalon dans la quête de l’ergonomie horlogère.

Trois couronnes et trois poussoirs suffisent à régler l’ensemble de ses fonctions. Chaque couronne permet de piloter plusieurs fonctions différentes, si bien que chacune est reliée à un nombre considérable de composants. Leur conception sophistiquée leur a même valu le surnom de «supercouronnes». Celle située à 4h, par exemple, orchestre à elle seule quatre fonctions :

• Avance du mois synchronisée avec l’année (rotation horaire),

• Recul du mois synchronisé avec l’année (rotation antihoraire),

• Flyback du chronographe en marche (pression),

• Remise à zéro du chronographe arrêté (pression).

Pour sécuriser le système, le chronographe ne peut être actionné en même temps que la correction calendaire.

Pour intégrer toutes les fonctions dans un volume aussi restreint, les horlogers ont reoublé d’ingéniosité.  Le mécanisme de rattrapante a été placé au même niveau que la masse oscillante pour gagner en hauteur, et le cadran fait office de pont. Le nombre de composants a notamment été réduit et le mouvement assure toutes les fonctions avec à peine plus de 1100 pièces.


Par son nom, cette pièce rend hommage à la montre de poche « Universelle » de 1899, chef-d’œuvre de son époque, dotée de 19 complications. Pesant 600 grammes, elle intégrait 14 dispositifs de réglage dont une couronne, une targette, six leviers et six poussoirs. Conçue pour démontrer un savoir-faire, elle n’était pas destinée à être portée au quotidien. Elle est aujourd’hui exposée au Musée Atelier Audemars Piguet.

Cette montre est l’une des plus compliquées au monde et a remporté le prix de l’Aiguille d’Or du GPHG en 2023. Code 11.59 by Audemars Piguet Ultra-Complication Universelle RD#4, 2023, 26398.

La couronne à 4h agit directement sur tous les composants du mouvement présentés ici (chronographe et calendrier). Illustration publiée dans La Montre, histoires et savoir-faire, 2025, p. 204.

Cette montre est l’une des plus compliquées au monde et a remporté le prix de l’Aiguille d’Or du GPHG en 2023. Cette montre est l’une des plus compliquées au monde et a remporté le prix de l’Aiguille d’Or du GPHG en 2023.

Les trois « super-couronnes » situées à droite du cadran possèdent toutes un poussoir intégré leur permettant d’opérer plusieurs fonctions. Code 11.59 by Audemars Piguet Ultra-Complication Universelle RD#4, 2023, 26398.

L’Universelle offre dix-neuf complications en plus de l’heure et des minutes. Quatorze dispositifs sont répartis sur le pourtour de la boîte pour activer et régler les fonctions. Montre de poche « Universelle », 1899. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 1713.

Montre de poche « Universelle », 1899. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 1713. Photographie de l’ébauche de la montre « Universelle », 1899. Archives Audemars Piguet.

13

Une nouvelle famille de complications

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, l’innovation horlogère s’est principalement concentrée sur les complications et la précision. Mais depuis l’avènement de la montre-bracelet, c’est dans le domaine de l’ergonomie qu’elle s’exprime le plus clairement : étanchéité, autonomie, remontage automatique, résistance aux chocs, légèreté, lisibilité, qualité acoustique… et bien sûr, facilité d’utilisation.

Giulio Papi, directeur de la Conception horlogère chez Audemars Piguet œuvre pour que l’horlogerie reconnaisse une nouvelle catégorie de complications dédiées à l’ergonomie.

« Pour encourager l’adoption d’idées innovantes, nous pourrions collaborer avec les comités culturels de l’horlogerie afin de créer – aux côtés des catégories existantes comme la précision chronométrique, l’astronomie, les fonctions relatives à la mesure du temps et les automates – une nouvelle catégorie de complications : l’ergonomie mécanisée. Bien qu’elle représente un défi majeur, cette initiative pourrait enrichir le paysage horloger au niveau académique et ouvrir de nouvelles perspectives créatives pour les générations futures. »

Derrière cette proposition, une conviction : donner de la visibilité et de la reconnaissance aux avancées techniques considérables qui améliorent l’expérience de l’utilisateur et qui méritent autant de reconnaissance que celles qui repoussent les limites de la mesure du temps. Car si l’ergonomie est souvent invisible, elle est essentielle.

Equipe Patrimoine, octobre 2025

Contenus associés