
Les premières boîtes Royal Oak
Résumé
Architectures traditionnelles de boîtes
La boîte de la Royal Oak 5402 est parfois décrite comme « monocoque ». De quoi s’agit-il ? Publié par Albert Berner en 1961, Le Dictionnaire professionnel illustré de l’Horlogerie explique qu’une boîte de montre a deux fonctions. La première est de protéger le précieux et fragile mouvement mécanique de la montre contre les poussières, l’humidité et les chocs. La seconde consiste à donner à la montre « un aspect aussi attrayant que possible, influencé par la mode et le goût des acheteurs ».
L’auteur explique ensuite que la boîte d’une montre-bracelet est habituellement composée de trois éléments principaux qui se superposent : le fond, la carrure et la lunette. Entre chacun de ces niveaux, des joints en caoutchouc assurent l’étanchéité. Cette architecture porte l’appellation de boîte « trois pièces ». Albert Berner ne définit pas la boîte monocoque, mais il introduit une catégorie qui la préfigure : la « boîte-bracelet » dite « deux pièces ». Dans celle-ci, lunette et carrure sont fusionnées pour ne former qu’un seul composant. Cette structure réduit les risques de pénétration d’humidité, rigidifie la boîte et permet parfois de l’affiner tout en maintenant l’accès au mouvement par l’arrière de la montre.
Chez Audemars Piguet, les montres-bracelets dites « deux pièces » apparaissent dès les années 1920. On les retrouve en particulier dans de nombreuses montres rectangulaires Art Déco dont plusieurs sont détaillées dans le livre Les montres-bracelets à complications Audemars Piguet au XXe siècle. En 1929, dans le pré-modèle 182 (illustration), la lunette se fond dans la carrure pour des raisons esthétiques et le fond s’ouvre sur une charnière. 30 ans plus tard, la lunette du modèle 5115 semble se détacher de la carrure, mais elle en fait partie intégrante pour des raisons d’étanchéité.
Vous avez dit monocoque ?
Étymologiquement, monocoque signifie « une seule coque ». Au sens strict, cela implique que la montre est fermée un peu comme la coquille d’un œuf, d’une noisette ou d’un bateau. Publié en 1998, le manuel Théorie d’horlogerie sert à la formation des élèves horlogers des écoles techniques suisses. Il précise la définition des boîtes monocoques : « la lunette, la carrure, le fond sont réalisés en une seule pièce ». Pour les horlogers à l’établi, les conséquences sont importantes. Comme le fond ne peut être retiré, le mouvement n’est pas accessible par l’arrière. Il doit être déboîté du côté du cadran. Et comme il n’y a pas de lunette, c’est le verre qui doit être retiré, ce qui implique qu’il doit être souple, donc en plexiglas. D’autre part, l’horloger doit pouvoir retirer la couronne avant de déboîter le mouvement, si bien que « la tige de remontoir est en deux pièces. La première fait partie du mouvement. La deuxième, sur laquelle est visée la couronne de remontoir, est ajustée élastiquement sur la première, une fois que le mouvement est en place ». En tirant fortement sur la couronne, l’horloger la désolidarise de la tige sur laquelle elle est clipsée, de manière à la retirer.
La communauté horlogère attribue l’appellation « monocoque » aux boîtes de nombreuses montres de plongée, notamment des marques Seiko, Mido, Omega, etc... Or, presque toutes arborent une lunette externe tournante. L’ajout de cette lunette devrait exclure ces montres de la catégorie monocoque. Dans les faits, c’est plutôt la définition qu’il faut élargir. En effet, dans son acception large, le terme signifie que seuls le fond et la carrure sont fusionnés en un seul composant.
Par conséquent, selon cette définition élargie, l’architecture des premières Royal Oak s’apparente bel et bien aux boîtes monocoques car le fond et la carrure ne forment qu’un seul et unique composant. L’ancien directeur du Musée Audemars Piguet Martin K. Wehrli s’est penché sur la question dans une monographie publiée en 2012 pour les 40 ans de la Royal Oak. Dans le chapitre baptisé « La boîte monocoque », il reconnaît que celle-ci ne répond que partiellement à la définition : « Est-ce un vrai boîtier monocoque ? Pas à proprement parler car la glace n’est pas chassée dans la boîte et la lunette est à part ». Nous pourrions ajouter que le verre est en saphir. Malgré ces réserves, nous suivrons la pratique des collectionneurs et des horlogers, en utilisant ici le terme monocoque pour les boîtes Royal Oak qui fusionnent la carrure et le fond.
Une étanchéité « qui n’existe pas »
L’article dédié à la genèse de la Royal Oak revient en détail sur les sources d’inspiration du designer Gérald Genta, qui s’était appliqué à créer une montre « dont l’étanchéité n’existait pas », inspiré par un souvenir d’enfance : « Je me suis remémoré étant gamin, la pose du casque d’un scaphandrier sur un homme, sur le Pont de la Machine à Genève. J’avais été très impressionné en voyant ces 8 boulons et ce joint de caoutchouc qui protégeait la vie d’un individu sous l’eau. J’ai été tenté de mettre un mouvement de grand prestige dans une boîte qui évoque complétement le casque de scaphandrier ».
Le lecteur trouvera dans l’article susmentionné l’histoire du développement de la boîte Royal Oak étanche à 100 mètres, en collaboration avec la maison chaux-de-fonnière Favre-Perret. Après avoir réalisé des prototypes en or, un matériau malléable, les boîtes de série sont faites en acier, mais reçoivent les décorations dignes des métaux nobles. En complément à cette histoire, nous nous proposons ici de détailler les principaux composants de la boîte : lunette, vis, joint, couronne…
Commençons par le plus complexe, celui auquel la Royal Oak doit son qualificatif de monocoque : le fond-carrure.


Le fond-carrure
La boîte monocoque de la Royal Oak fusionne la carrure, le fond et les cornes en un composant, taillé dans un seul bloc d’acier – certains affirment même qu’il comporte les deux premiers maillons du bracelet. De face, le fond-carrure combine la forme tonneau légèrement facettée et le cercle. De dos, le cercle disparaît pour laisser place à l’octogone arrondi, faisant écho à la lunette, sculpté comme s’il s’agissait d’un fond, et dont le relief se réduit à mesure qu’il s’approche du bracelet. C’est de profil que ce composant extraordinaire est le plus raffiné. La carrure est très légèrement incurvée pour épouser la forme du poignet et pour préparer la chute du bracelet. Côté cadran, l’effet est surligné par un biseau progressif qui mène aux cornes.
Un article publié en 2012 dans une brochure célébrant les 40 ans de la Royal Oak, détaille les étapes de fabrication de ce composant dans le modèle 15202 : « Après la frappe initiale, les 44 opérations successives de tournage, fraisage, ébavurage et gravure doivent être isolées. Toutes concourent à préparer le boîtier monocoque au polissage manuel. Lorsque les surfaces sont trouées afin de loger les vis de fixation du bracelet et les écrous qui permettent de fixer la lunette, que les inscriptions sont gravées, le temps est à la finition. Le fond, les côtés et les cornes sont satinés dans des axes différents, en plusieurs passages ».
En 1972, les étapes d’usinage étaient encore plus longues et complexes, car les machines pilotées par ordinateur (CNC) n’avaient encore investi la sphère horlogère. En revanche, en 50 ans, la terminaison manuelle n’a pas changé. La Fiche Produit de la première Royal Oak, modèle 5402 précise les types de décoration : « Carrure : sus et pans satinés en long, tranche satinée horizontal, biseaux polis, sous satiné circulaire, retranche sablée ». À noter que le perlage réalisé côté intérieur de la carrure n’était visible que lorsque l’horloger déboîtait entièrement la montre. Martin K. Wehrli aimait rappeler que cette décoration traditionnelle est probablement un héritage des montres non étanches car la décoration intérieure devait alors piéger les micropoussières pour qu’elles ne tombent pas dans le mécanisme.
La lunette octogonale et sa glace saphir
La lunette de la Royal Oak est souvent qualifiée d’octogonale. Elle est bien davantage que cela. Son centre présente un cercle alors que son pourtour est un octogone arrondi, satiné verticalement, et fortement biseauté. Le biseau à 40 degrés suit parfaitement la forme octogonale-arrondie de la lunette et aboutit à une fine tranche satinée. Lapidé, il exprime une surface polie-miroir qui sublime la technique traditionnelle de l’anglage (ou chanfrein). Vu de face, le biseau occupe près d’un quart de la surface de la lunette. C’est lui qui fait le lien entre les reflets moirés du cadran tapisserie et les facettes du bracelet en chute.
À chaque angle des huit facettes incurvées qui rythment la lunette, un trou de forme hexagonale est opéré pour accueillir une vis. Jusqu’alors, dans la tradition horlogère, les lunettes de montres avaient parfois accueilli des index, soit à 12h, 3h, 6h et 9h, soit à chaque heure. Dans cette même tradition, les vis de fixation des boîtes étaient toujours cachées. Gérald Genta s’est libéré de ces deux pratiques et a structuré le pourtour en huit éléments indépendants du cadran car il était impossible de se calquer sur la graduation des heures. S’affranchissant encore davantage des carcans, il ponctue la lunette avec des vis de fixation. Pour des raisons esthétiques, il n’utilise pas la position classique de midi pour les vis. En résumé, Genta a dessiné une lunette animée par sa propre dynamique et ses propres rythmes esthétiques, indépendants de ceux du cadran mais intégrés à l’habillage (carrure et bracelet) dont l’esthétique exprime la même vibration et la même sensibilité à la lumière.
D’une épaisseur maximale de deux millimètres, l’intérieur de la lunette Royal Oak Jumbo est partiellement évidé pour faire place au joint d’étanchéité. Un petit dégagement est creusé pour que le talon de la glace saphir puisse s’y appuyer. L’étanchéité est assurée lorsque la boîte est fermée, et que les joints sont mis sous pression.
Le joint d’étanchéité et son cercle d’emboîtage
En horlogerie classique, les joints d’étanchéité sont de petits éléments en caoutchouc, placés discrètement dans les rainures opérées entre les trois composants principaux de la boîte, et qui disparaissent lorsque celle-ci est assemblée. Le joint imaginé par Audemars Piguet pour la première Royal Oak est d’une autre nature. D’une part, il laisse apparaître une fine ligne noire sur le pourtour de la lunette, mais surtout ses mensurations intérieures sont hors norme. Avec une hauteur de 5,59 millimètres (non comprimé), une largeur de plus de 4 millimètres, une forme complexe moulée, combinant le rond et l’octogone, ponctué de 9 trous d’un diamètre de près de 2 millimètres (8 pour les vis traversantes et un pour la tige de remontoir), il est la clé de voûte du système d’étanchéité.
Le joint est pris en étau entre la lunette, le fond-carrure, un fin cercle d’emboîtage (également appelé cercle d’encageage) qui le sépare du mouvement et un étroit cercle de réhaut qui le sépare du cadran. Le joint est écrasé sous l’effet de la pression exercée par les huit vis hexagonales traversantes qui rigidifient toute la boîte.
Évidemment, ce composant a évolué au fil du temps. Ainsi, les modèles 5402 ont été équipés de deux variantes : l’une en caoutchouc noir et l’autre en silicone translucide. Plus rigide, l’option en caoutchouc (illustration) présentait un inconvénient dans la maîtrise du matériau qui n’était alors pas absolue. En effet, certains joints se liquéfiaient, prenant l’apparence du miel alors que d’autres diffusaient des gaz qui endommageaient les huiles du mécanisme… La variante en silicone translucide était plus stable mais également plus souple et il arrivait qu’elle reste collée à la carrure et à la lunette.
Certaines occurrences présentent un joint non signé mais la plupart portent l’indication AUDEMARS PIGUET, la provenance SWISS MADE et des numéros d’identification. Comme nous le verrons plus bas, les modèles postérieurs ont multiplié les variantes, notamment parce que la qualité des premiers joints s’est avérée difficile à maîtriser.
Les huit vis hexagonales
Ponctuant la lunette octogonale, les huit vis hexagonales sont peut-être l’élément le plus disruptif de la Royal Oak de 1972. Les publicitaires des années 1970-1980 ne s’y sont pas trompés, utilisant avec humour ce non-conformisme comme argument de différenciation « A price like that, he teased, and they don’t conceal the screws ? » (traduit librement par « Est-ce le dernier snobisme que de laisser les vis apparente ? »).
La rainure des têtes de vis laisse imaginer qu’il est possible de les faire tourner au moyen d’un tournevis, alors que leur forme indique le contraire. En effet, noyées dans les ouvertures hexagonales de la lunette, elles ne peuvent effectuer la moindre rotation. Des vis qui ne tournent même pas ! Certains y ont vu le symbole de la résistance de la boîte, des éléments qui en font une sorte de coffre-fort inviolable, contenant un trésor de mécanique : le Calibre 2121.
Le secret de ce système tient au fait que les vis hexagonales rejoignent des écrous ronds introduits depuis le fond de la montre et qui permettent de la fermer.
Mais bien que ce système protège parfaitement le mouvement, il n’empêche cependant pas l’eau de s’infiltrer le long des vis et des écrous. Wilfred Berney, fondateur du SAV Audemars Piguet a vécu les premières années de la Royal Oak. Il raconte que les vis des 300 premières Royal Oak étaient en acier. L’eau de mer s’immisçait le long des vis et y déposait son sel « attaquant et corrodant sans discernement. Le résultat est atterrant. Le fameux scaphandre de Genta est bloqué… Dégrippants et autres produits permettront de venir à bout des vis de boîte, mais rien à faire pour celles de bracelet. Il faudra fabriquer des forets (mèches) spéciaux et tout un outillage pour percer ces vis, parvenir jusqu’à la partie où pivote le bracelet et ensuite faire tomber cette dernière en utilisant des ultrasons ». C’est depuis ces incidents que les vis Royal Oak sont en or gris.
La couronne
Comme le fond-carrure et la lunette, la couronne des premières Royal Oak combine des formes géométriques différentes. Son pourtour est un hexagone, qui favorise la préhension manuelle. Sa tête est surlignée par un cercle. La tige de remontoir est structurée en deux parties, de manière à pouvoir retirer la couronne en la tirant fortement lors du démontage de la montre (voir la partie dédiée à la boîte monocoque).
Dans toute montre, la couronne constitue l’un des points les plus vulnérables car ce composant est relié directement au fragile mécanisme horloger. En tirant ou en faisant tourner la couronne, l’utilisateur actionne les délicats rouages protégés par la boîte... Or, dans une montre étanche à 100 mètres comme l’étaient les premières Royal Oak, la couronne est un point encore plus sensible car toute manipulation subaquatique risque de laisser l’eau pénétrer dans le mouvement. Pour garantir une étanchéité optimale, la couronne du modèle 5402 est partiellement évidée et contient deux joints toriques en caoutchouc. La durée de vie de ceux-ci varie selon les conditions d’utilisation de la montre, son exposition à la chaleur, à l’humidité, etc. mais à chaque service, la couronne entière doit être remplacée.

Évolutions techniques mineures postérieures au modèle 5402
Depuis 1972, tout en restant fidèle à elle-même, la Royal Oak s’est perpétuellement renouvelée. Elle a été interprétée en plus de 550 modèles. Son diamètre a varié de 20 à 44 mm, sa hauteur de 6,3 à 15 mm. Elle s’est habillée d’acier, d’or, de tantale, de céramique, de titane ou de platine, jusqu’à se couvrir de diamants. Elle a accueilli toutes les complications classiques du calendrier perpétuel au chronographe en passant par le tourbillon, la répétition minutes ou la grande complication.
Ces métamorphoses ont été accompagnées d’innombrables évolutions techniques. Les composants d’habillage ont été mille fois repensés, redessinés, améliorés. Parmi ceux qui ont le moins changé figurent les huit vis hexagonales. Elles sont toujours restées traversantes, à quelques exceptions près (p. ex. variante poche 5691, certains exemplaires des modèles 5554, 25729 ou 25860) et la partie supérieure hexagonale a toujours joué le rôle d’écrou, sauf à de rares occasions où elles n’ont qu’un simple rôle décoratif (p. ex. modèle 15300). Mais surtout, elles sont restées en or gris, même si l’amélioration de la qualité des aciers aurait sans doute permis d’utiliser cette matière comme cela avait été imaginé en 1972.
La couronne a, elle aussi conservé sa forme hexagonale. Sa principale évolution esthétique tient à l’ajout d’une gravure AP, qui est introduite à la fin des années 1990 et s’impose dans les années 2000. En revanche, la couronne vissée est adoptée dès le début des années 1980 car elle réduit le risque de mauvaise manipulation, notamment en immersion. Elle apparaît en 1983 dans les modèles 4332, 5572, 5584, 5658. Elle équipe dès 1990 la famille des modèles 14700, puis celle de ses descendants directs 15300 (dès 2005), 15400 (dès 2012), et 15500 (dès 2019). Dans ce système, les joints principaux sont fixés sur la boîte, si bien qu’il est possible de les remplacer indépendamment de la couronne. Malgré leurs avantages significatifs, les couronnes vissées n’ont pas équipé toutes les Royal Oak. Elles se sont avérées peu compatibles avec certains calibres, (p. ex. 2121, 2120, 2835…) dont elles affectaient parfois le système de remontage. Ainsi, aucune Royal Oak 39 mm extraplate n’en a été équipée.

À la recherche de l’architecture intérieure parfaite
Peu de connaisseurs savent à quel point l’architecture intérieure de la boîte de la Royal Oak a fait l’objet de modifications durant son histoire. Les causes sont multiples et parfois difficiles à cerner. Elles tiennent à la nécessité de corriger des défauts, ou à la volonté d’améliorer les performances et de trouver de nouvelles solutions techniques. Elles expriment surtout l’imagination féconde des constructeurs.
Le premier grand changement intervient en 1976 et 1977, sans doute à la demande des horlogers rhabilleurs. Les modèles 8638 et 4100 renoncent à la boîte monocoque et adoptent l’architecture classique « trois pièces », qui permet d’accéder plus facilement au mouvement pour y faire des retouches. Le système d’étanchéité est revu dans la foulée. L’énorme joint noir est remplacé par de petits joint traditionnels plats. Pour combler l’espace libéré, la lunette est repensée et se prolonge désormais sous sa partie visible : son épaisseur atteint 5,3 mm dans le modèle 4100 ! Ce système apporte de la rigidité à la boîte et permet de gagner de la place. C’est grâce à lui que la Royal Oak 4100 (35 mm) a gagné 4 millimètres de diamètre par rapport au modèle 5402 (39 mm), alors qu’elle abrite un calibre qui ne mesure que 2 millimètres de moins que lui.
Néanmoins, ce changement n’a pas résolu toutes les difficultés. Ainsi, en 1983, le modèle 4332 (36 mm) revient au monocoque et renoue avec le joint d’étanchéité surdimensionné, dont la qualité a été améliorée. À ce propos, certains joints dans les années 1980 sont transparents, p. ex. modèle 14486. En 1990, le modèle 14700 conserve la structure monocoque mais réduit considérablement la largeur du joint, tout en augmentant celle du cercle d’emboîtage (ou encageage). Deux ans plus tard, le modèle 14790 réintroduit des proportions proches de l’original.
En 1984, une autre solution est inventée. La première Royal Oak Quantième Perpétuel, modèle 5554 remplace le joint surdimensionné en caoutchouc par un très grand cercle d’emboîtage en métal, indépendant de la lunette. L’idée est rapidement abandonnée car elle met en péril l’étanchéité de la montre (optimisé, ce système sera adopté 28 ans plus tard sur le modèle 15400). Le SAV crée alors une procédure pour corriger les cercles 5554. En parallèle, Audemars Piguet introduit la Royal Oak 5654, esthétiquement identique à la 5554, mais dont l’architecture de boîte s’en distingue radicalement. La solution choisie est encore différente de toutes les précédentes : le cercle d’emboîtage a la même largeur que le joint d’étanchéité et les vis passent entre ces deux composants dans des demi-cylindres. Elle sera conservée dans les modèles 25636 (et dérivés) dès 1993.




En conclusion
Nous pourrions poursuivre longtemps cette énumération des refontes de boîtes. Nous conclurons simplement en ajoutant que le modèle « trois pièces » s’est imposé dans les années 2000, après avoir été réintroduit notamment dans la Royal Oak Grande Complication 25865 en 1997 et dans les premières Royal Oak Chronographe 25860. Cette boîte équipe depuis lors la grande majorité des modèles, dont les classiques 15300, 15400, et 15500, mais également la 15202 et la Royal Oak 16202 lancée en 2022.
Ce survol des quelques transformations de l’habillage Royal Oak éclaire le lecteur sur la complexité de sa boîte et sur les défis qu’elle n’a cessé de poser. Il permet de comprendre à quel point une montre icône, que l’on croit inchangée et éternelle fait l’objet de recherches constantes. Parmi les dernières innovations, ne mentionnons que le modèle Royal Oak Quantième Perpétuel Automatique Ultra-Plat 26586 (2019) qui utilise le cadran comme pont de rouage ou l’architectural de la Royal Oak Répétition Minutes 26591 (2021) dont la boîte Supersonnerie amplifie le son au moyen d’une table d’harmonie.
Rédaction : Equipe du Patrimoine Audemars Piguet, Le Brassus
Première publication : 14 avril 2022





































































































