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1971. Croquis des plots du premier bracelet Royal Oak.
Article

Les bracelets Royal Oak

Introduction
Le bracelet métallique intégré de la Royal Oak est l’un des plus complexes et des plus célébrés de l’histoire de l’horlogerie. Cet article revient sur ses origines historiques, ses caractéristiques techniques, sa fabrication et ses principales évolutions de 1972 à 2022.

Si les montres-bracelets sont dès le XVIIIème siècle des bijoux féminins, c’est la Première Guerre mondiale qui pousse les hommes à s’y intéresser dans un souci avant tout fonctionnel. Les bracelets en cuir s’avérant vite trop fragiles pour certains usages plus sportifs, les années 1940 voient émerger les premiers bracelets métalliques chez Rolex ou Omega par exemple. Les premiers apparaissent chez Audemars Piguet dans les années 1960 mais contrairement aux précédents, leur fabrication reste artisanale. C’est celui de la Royal Oak 5402 qui va, en 1972, réconcilier ces deux univers, mariant acier et finition manuelle, sport et raffinement joaillier. Portant la référence n° 344, il est conçu pour être un élément immédiatement reconnaissable de la montre, grâce à une esthétique et des finitions sophistiquées qui font « chanter la lumière ». Pensé comme un tout avec la boîte, on le qualifie de « bracelet intégré ». Sa beauté n’a d’égale que sa complexité puisque du fait de sa conception « en chute », il comporte pas moins de 154 composants – dont 34 différents. Mêlant des finitions satinées, polies et sablées, chaque bracelet 344 est unique. Fabriqué par la célèbre manufacture de bracelets Gay Frères, terminé dans les ateliers Audemars Piguet, il est doté d’un fermoir déployant à deux lames, et d’un petit capot qui le maintient fermé, autant d’éléments qui évolueront avec le temps au gré de ses versions et de ses fabricants (Werthanor, Maspoli, Lascor, Orolux, Centror…). Ces innombrables versions, de taille, de matières et de finitions différentes se sont avérées d’ailleurs si complexes à mettre en œuvre que parfois, c’est la boîte qui a dû leur être adaptée, et non l’inverse. La version en céramique, lancée en 2017, est un sommet en la matière tant ce matériau extrêmement dur est difficile à travailler. Ultime liberté, la Royal Oak se voit aussi dotée d’un premier bracelet cuir en 1992, une tentative jugée a priori hasardeuse pour une telle montre, mais qui se pérennisera.

Résumé

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Aux origines du bracelet métallique

Les toutes premières montres-bracelets ont été créées pour les femmes. Aux XVIIIe et XIXe siècles, ces garde-temps faisaient souvent primer la fonction de bijou sur la délivrance de l’heure. À tel point que leur cadran était souvent caché sous un couvercle serti. On parle d’ailleurs alors plus de « bracelet-montre » et que de « montre-bracelet ». Au XXe siècle, même si la précision des mouvements miniatures s’améliore considérablement, cette tradition se perpétue. C’est particulièrement le cas chez Audemars Piguet à travers des montres aux bracelets très ouvragés, travaillés par les meilleurs artisans bijoutiers, souvent sertis et presque toujours en or ou en platine.

L’histoire des montres-bracelets masculines est très différente. Il faut attendre le XXe siècle pour que les hommes adoptent peu à peu le porter de la montre autour de leur poignet. C’est dans les tranchées de la Première Guerre mondiale qu’ils comprennent que pour synchroniser des opérations militaires, l’accès à l’heure au poignet est bien plus efficace qu’avec une montre de poche. Mais ici, contrairement aux montres-bracelets féminines, c’est la fonction horaire qui prime sur toutes les autres. C’est probablement pour cette raison que les hommes ont adopté des bracelets en cuir, aussi bien sur les montres bon marché que pour celles de luxe, et sans doute pour se distinguer des garde-temps féminins. Chez Audemars Piguet, durant des décennies et à de rares exceptions près (p. ex. prémodèle 1530), les montres-bracelets masculines sont dotées de bracelets en cuir de veau, de porc, de daim ou même de tapir.

Bien que souples et ergonomiques, les bracelets en cuir résistent mal aux activités sportives, en particulier aquatiques. Or, quel est l’intérêt d’une montre dont la boîte est étanche si son bracelet ne supporte pas l’eau ? C’est pour rendre les montres masculines sportives plus résistantes, que certaines marques comme Rolex, Omega ou Breitling ont popularisé dès les années 1940 et 1950 les bracelets métalliques en acier.

1950. Montre-bracelet à secret 5949BA.

1950. Montre-bracelet à secret 5949BA. Lorsque le couvercle est fermé, la montre redevient un pur bracelet, tressé de mailles milanaise. Calibre 5/7SB le plus petit du monde. Mouvement et habillage 41790. Or jaune 18 carats. Vendue à Caracas en 1950. Patrimoine Audemars Piguet, inv. 1814.

1917. Montre-bracelet octogonale.

1917. Montre-bracelet octogonale. L’esthétique du bracelet extensible s’inscrit dans la continuité des deux faces horizontale de l’octogone, comme le fera la Royal Oak un demi-siècle plus tard. Calibre 7 lignes. Mouvement et boîte n° 18897. Or gris serti de 82 brillants. Vendue à Copenhague en septembre 2017. Patrimoine Audemars Piguet, inv. 1838.

1918. Montre-bracelet Art déco.

1918. Montre-bracelet Art déco. L'habillage combine les perles, les diamants, le cristal de roche et le platine. Calibre 8RLB. Mouvement et boîte 21585. Vendue en Suisse en septembre 1918. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 1071.

Vers 1917. Montre militaire.

Vers 1917. Montre militaire. Le grillage protège le verre des explosions sur le champs de bataille. Réhaussé de radium, les chiffres et les aiguilles brillent dans la nuit. Boite et cadran non signés. Argent. Collection du Musée International d’Horlogerie de La Chaux-de-Fonds, Inv. I-660. Image © MIH

1943. Montre-bracelet Chronographe.

1943. Montre-bracelet Chronographe. prémodèle 1533 Calibre 13VZAH. Mouvement et boîte no 45603. Cadran doré. Boîte acier et or rose 18 carats. Vendue à Casanova (Bologne) en 1943. Patrimoine Audemars Piguet, inv. 1660.

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Les années 1960

Chez Audemars Piguet, les années 1960 ouvrent le premier âge d’or des montres sur bracelets métalliques, aussi bien pour les hommes que pour les femmes. En or ou en platine, les bracelets sont ajustés, terminés, et fixés à leurs boîtes dans les ateliers du Brassus. Mais avant cela, ils sont fabriqués par les meilleurs artisans chaînistes, bijoutiers et joailliers indépendants. Des maisons italiennes telles que Masella, Antonioli, Guiseppe Villa, Ponti, Hafner ou Galanti; des sociétés parisiennes comme Cristofol ou Georges Lenfant; mais également des artisans genevois comme Jean-Pierre Ecoffey, célèbre pour ses bracelets destinés à Patek Philippe. Ces bracelets sont tressés, tissés en mailles milanaises ou polonaises, parfois double-polonaises. Certains sont gravés, composés de plots travaillés en tuiles ou en triangles, combinent des éléments parfois asymétriques, sculptent des surfaces hérissées de reliefs, etc…

Ces bracelets parlent le langage de l’artisanat. Ils semblent en contraste avec les bracelets acier des montres sportives telle l’Oyster de Rolex ou la Constellation d’Omega, une maison qui a breveté un bracelet intégré en 1964 déjà (CH405170). Et pourtant, sous l’impulsion des agents généraux d’Audemars Piguet en Italie, en France et en Suisse, les deux univers vont se rejoindre. Le bracelet Royal Oak est à cet égard un véritable oxymore : mariant l’acier et la finition main, le sport et le raffinement des bracelets joailliers.

1963. Montre-bracelet en forme d'amande, 8055BC.

1963. Montre-bracelet en forme d'amande, 8055BC. Entourée de diamants, la boîte en forme d'amande semble glisser sur un bracelet tressé d'une grande souplesse. Calibre 2050, mouvement 88937. Boîte 30775. Or gris 18 carats. Vendue en Europe de l'Est en 1963. Patrimoine Audemars Piguet, Inv. 542.

1971. Montre-bracelet Heures Brillantes 8513.

1971. Montre-bracelet Heures Brillantes 8513. Pièce unique ayant remporté le prix Golden Rose de Baden Baden en 1971. Calibre 2050, mouvement 117945. Boîte 66765. Or gris serti de diamants et de grenat grossulaire. Vendue en Allemagne en décembre 1971. Patrimoine Audemars Piguet, inv. 1120.

Vers 1965-1975. Modèles Audemars Piguet.

Vers 1965-1975. Modèles Audemars Piguet. Modèles 8512, 8622 et 8554. Photographies d'identification. Archives Audemars Piguet.

Vers 1965-1975. Modèles Audemars Piguet.

Vers 1965-1975. Modèles Audemars Piguet. Modèles 8067, 8157 et 8196. Photographies d'identification. Archives Audemars Piguet.

Vers 1965-1975. Modèles Audemars Piguet.

Vers 1965-1975. Modèles Audemars Piguet. Modèles 8514 et 8545. Photographies d'identification. Archives Audemars Piguet

1972. Brochure Audemars Piguet (couverture).

1972. Brochure Audemars Piguet (couverture). Une femme fume un cigare. Elle arbore à son poignet la montre de Haute Joaillerie dite « Arabella », Modèle 8545. Archives Audemars Piguet.

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« La lumière chante sur le bracelet »

Dans une interview accordée à Audemars Piguet en 2011, le designer Gérald Genta rappelle l’importance du bracelet comme signe de reconnaissance d’une montre : « Quand vous voyez quelques centimètres, quelques millimètres, vous voyez ce dont il s’agit. Vous n’avez pas besoin de tout voir. C’est très important ! ». Il ajoute que pour la Royal Oak « il s’agissait de faire une montre automatique en acier, sur un mouvement hors de prix. Il fallait que le bracelet soit très plat, très mince, très souple, très esthétique et joue sur la lumière du fait du satinage à plat. Quand vous voyez la montre sur le poignet, la lumière chante sur le bracelet ! »

L’esthétique du bracelet Royal Oak fait corps avec celle de la boîte. Genta raconte que sa forme s’est imposée naturellement : « sur la planche à dessin, c’était logique ! ». L’article consacré à la genèse de la Royal Oak 5402 revient sur la création du bracelet Royal Oak par la maison Genevoise Gay Frères. Nous étudierons ici ses caractéristiques techniques majeures : plots, vis, attaches, boucle déployante ainsi que ses principales évolutions.

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Vous avez dit « bracelet intégré » ?

Un fait communément admis au sujet de la Royal Oak est que son bracelet est intégré. Qu’en est-il ? Et que signifie exactement cette appellation que la littérature horlogère ne définit pas clairement ?

Publié en 1998, le manuel Théorie d’horlogerie n’utilise pas ce terme mais décrit un concept similaire sous la catégorie des « bracelets soudés à la boîte ». Ici, ces deux éléments sont inamovibles, solidaires et pensés comme un tout. À n’en pas douter, ils répondent à la définition du « bracelet intégré ». De nombreuses montres féminines Audemars Piguet des années 1960-1990 appartiennent à cette catégorie. L’une des plus significatives porte la référence 5403, présentée en 1971. Son créateur Gérald Genta la qualifie de « magnifique » et se réjouit de son « intégration parfaite » : le bracelet composé de 10 mailles polonaises très épaisses s’élargit progressivement pour embrasser le cadran. La tradition des bracelets soudés (ou intégrés) a perduré jusqu’aux années 1990. Ywan Kunzle, bijoutier chez Audemars Piguet depuis 1989 se rappelle qu’à son arrivée, entre cinq et sept artisans avaient pour tâche principale d’ajuster des bracelets et de les fixer à leurs boîtes par brasage.

Néanmoins, la Royal Oak n’est pas construite de cette manière. L’horloger peut aisément séparer le bracelet de la carrure de la montre, au moyen de quatre vis latérales. Alors pourquoi Gérald Genta, et une grande partie de la communauté horlogère avec lui qualifie-t-il ce bracelet d’intégré ? La réponse tient à la géométrie de la montre. D’un point de vue strictement esthétique, le premier maillon du bracelet fait partie intégrante de la boîte. Il s’agit de la partie biseautée de la carrure, sur laquelle sont fixés les deux plots qui la relient au premier maillon mobile du bracelet. Cette interprétation pourra être contestée, notamment par les horlogers (« une boîte est une boîte ! »), mais elle a pour mérite de souligner, une fois encore, à quel point la Royal Oak a le don de bousculer les catégories...

1971. Modèle 5403. Bracelet intégré mailles polonaises.

1971. Modèle 5403. Bracelet intégré mailles polonaises. Calibre 2121. Photographie d'identification. Archives Audemars Piguet.

Royal Oak 26320ST, détail.

Royal Oak 26320ST, détail. Bien que le bracelet puisse être détaché de la carrure, esthétiquement, le premier maillon fait partie intégrante de la boîte. Cela explique l’appellation « bracelet intégré ». Image réalisée lors de la présentation du modèle 26320ST en 2016. Archives Audemars Piguet.

1971. Articulation entre boîte et bracelet 5402.

1971. Articulation entre boîte et bracelet 5402. À ses extrémités, la carrure-fond forme un angle à 43 degrés pour s’ouvrir sur le bracelet. Deux percements permettent de visser les premiers plots. Plan de détail. Archives Audemars Piguet.

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La chute du bracelet Royal Oak

Le bracelet Royal Oak est rythmé par de grands maillons qui en occupent toute la largeur et sont reliés entre eux par des couples de petits plots rectangulaires. Le bracelet qui équipe la première Royal Oak, modèle 5402 porte le numéro 344. Fixé à la carrure, le maillon le plus large mesure 25,9 mm. Le maillon le plus étroit ne dépasse pas 15,9 mm, ce qui correspond à la largeur de la boucle déployante à laquelle il est fixé.

La différence de largeur entre les deux maillons de fixation est importante, passant presque du simple au double. Toute la magie tient au fait que ces deux dimensions sont reliées de manière continue, en suivant une ligne souple, parfaitement dessinée. C’est ce que l’on appelle « la chute » du bracelet. Pour s’en assurer, l’horloger (ou le collectionneur) doit pouvoir parcourir du doigt les parties latérales du bracelet, sur toute leur longueur, tout en ressentant un toucher continu, sans accroc – un test qui peut aussi être réalisé sur le dessus du bracelet, où tous les éléments doivent affleurer au même niveau.

Pour créer cet effet de continuité, le bracelet 344 est composé de 17 à 20 maillons (selon sa longueur), fabriqués en douze dimensions différentes. Visuellement l’effet de « decrescendo » aurait pu être amoindri si les plots qui relient les maillons avaient été alignés et de taille identique. Un œil aguerri découvrira qu’il n’en est rien. À mesure que le bracelet se resserre, la largeur des plots se réduit, passant lentement de 3,6 mm à 2 mm. Pour garder des proportions harmonieuses, la distance qui sépare les plots diminue elle aussi progressivement : de 8,9 mm à 7,1 mm. Les plots suivent la courbe extérieure du bracelet. Pour ce faire, ils sont fabriqués en neuf dimensions différentes dans chaque brin de bracelet ! En 1972, cette caractéristique est une première mondiale dans un bracelet intégré en acier.

1971. Croquis des plots du premier bracelet Royal Oak.

1971. Croquis des plots du premier bracelet Royal Oak. Ce plan met en lumière le fait que les plots qui attachent les maillons dégressifs sont eux-mêmes de dimension différentes. Archives Audemars Piguet.

1972. Premier bracelet Royal Oak.

1972. Premier bracelet Royal Oak. Ce bracelet 344 équipe la Royal Oak 5402ST série A26, boîte 67026, mouvement 127059, livrée par Audemars Piguet au marché suisse (Gameo Lausanne) le 16 juin 1972. Patrimoine Audemars Piguet, inv. 365.

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Une fabrication d’une grande complexité

Gérald Genta ne se trompait pas en déclarant que le bracelet en chute était « une grande complication de fabrication ». Un bracelet 344 (avec maillons de rallonge) compte 154 composants, dont 20 maillons, 44 plots, 75 goupilles, 8 vis (y compris les vis de fixation à la carrure). Au total, il se compose de 34 éléments de géométries différentes, ajustés, décorés et assemblés à la main.

Chaque plot est fixé au moyen de deux goupilles cannelées, « chassées dur » dans le maillon, puis limées délicatement pour que leurs têtes disparaissent dans la face latérale du bracelet. Ces goupilles sont la clé de voûte de la souplesse du bracelet, lequel ne doit être « ni trop souple ni trop rigide ». Soumises à de constants frottements, ces goupilles s’usent avec le temps, ce qui explique que certains bracelets des années 1970 soient devenus très souples 50 ans plus tard. Outre les goupilles, les tranches inférieures et supérieures des maillons et des plots sont légèrement arrondies pour accompagner leurs mouvements de rotation, leur conférant une certaine souplesse.

Les surfaces du bracelet sont finement satinées, avec le même grain que ceux de la carrure et de la lunette, de manière à refléter la lumière en douceur et créer un effet de continuité qui renforce l’impression de « bracelet intégré ». Les arêtes latérales sont biseautées et lapidées (ou meulées) pour que le reflet de lumière puisse les parcourir avec le même brillant que les aciers anglés du mouvement. Elles se prolongent sur les arêtes de la boîte. Quant aux facettes séparant les maillons, elles sont sablées pour laisser les autres parties rayonner.

Pour rendre la chute du bracelet encore plus fluide, les biseaux du premier maillon prolongent les biseaux latéraux de la carrure. Mais, plus les maillons se rapprochent de la boucle, plus la largeur des biseaux est réduite. Réalisée manuellement après l’assemblage du bracelet, cette opération de « biseaux dégressifs » est particulièrement délicate.

Ces raffinements expliquent qu’en dépit de sa masculinité originelle, fondée sur ses vis apparentes, sa boîte surdimensionnée en acier et ses lignes tendues, la Royal Oak ait porté en elle dès 1972 la part de féminité qui lui a permis d’être interprétée dès 1976 en version dame (voir l’article sur la naissance des premiers modèles féminins).

Eclaté partiel d'un demi bracelet Royal Oak.

Eclaté partiel d'un demi bracelet Royal Oak. Les goupilles cannelées qui relient les plots aux maillons sont chassées dans la matière et ne peuvent être retirées, contrairement aux vis qui relient le bracelet à la boîte ainsi qu'à la boucle. Image réalisée en 2012. Archives Audemars Piguet.

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Chaque bracelet 344 est unique

L’horloger Fredy Capt, qui a assemblé les premières Royal Oak en 1972, se rappelle que les « fabricants de bracelets et les fabricants de boîtes manquaient de précision ». Les horlogers devaient ajuster chaque bracelet à la lime : « chacun était personnalisé à la boîte et ils n’étaient pas interchangeables ». À tel point que lorsque les montres revenaient au Service Client pour un entretien ou une réparation, il arrivait souvent aux horlogers qui les démontaient de graver discrètement les deux derniers numéros de la boîte sur le bracelet comme sur la lunette, de manière à s’assurer de les appairer correctement à leur retour des ateliers de rafraîchissage.

Ceci démontre que, malgré le fait que le modèle 5402 a pulvérisé tous les records de quantité pour Audemars Piguet, avec plus de 6 000 exemplaires fabriqués en une décennie, la Royal Oak est à sa naissance une montre artisanale.

Vers 1975. Horloger à l'établi.

Vers 1975. Horloger à l'établi. À la naissance de la Royal Oak, les horlogers ont non seulement terminé, ajusté et assemblé le Calibre 2121, mais ils ont également retouché chaque bracelet métallique. Archives Audemars Piguet.

1972. Bracelet 344.

1972. Bracelet 344. Créé pour les Royal Oak 5402ST, le bracelet n° 344 compte parmi les plus complexes de son temps. Il comporte 154 composants, assemblés, décorés et ajustés à la main. Photographie réalisée en 2012 pour les 40 ans de la Royal Oak. Archives Audemars Piguet.

1972. Bracelet 344.

1972. Bracelet 344. Fabriqué par la maison genevoise Gay Frères, le bracelet n° 344 équipe les Royal Oak 39mm extraplates de premières générations. Dès la fin des années 1980, il est remplacé progressivement par le bracelet 944. Répertoire des bracelets. Archives Audemars Piguet.

Bracelet 344, détail.

Bracelet 344, détail. Terminés à la main, les premiers bracelets de la Royal Oak 5402 se distinguent les uns des autres par de nombreux détails. Certains portent quelques numéros tirés de la boîte pour laquelle ils ont été ajustés. D'autres ont un monogramme AP embouti sur un maillon. Patrimoine Audemars Piguet, inv. 365.

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Évolution des points de fixation

Le bracelet n° 344 de la toute première Royal Oak a connu plusieurs évolutions, qui ont ponctué l’amélioration continue du modèle.

Dans les premières années de la Royal Oak, la fixation entre le bracelet et la carrure a connu trois évolutions. Dans sa première exécution, la vis était placée à l’extrémité extérieure de la carrure et à l’extrémité intérieure des plots (voir schéma « Exécution N° 1 »). Cette position s’est rapidement avérée problématique car, en forçant un peu, le propriétaire de la montre pouvait faire pivoter les plots à 90 degrés, ce qui mettait en péril la continuité esthétique du bracelet.

Pour pallier à la situation, le Service après-vente a soudé de petites plaquettes, fixées sous les plots du premier maillon (idem, « Exécution N° 1a »), de manière à ce que ces derniers ne puissent plus pivoter autant. Cette solution a été appliquée durant quelques années sur les montres qui revenaient au Brassus pour un service. En parallèle, le Bureau Technique a modifié l’emplacement des vis sur les plots et sur la boîte (« Exécution N° 2 »). Les plans indiquent que cette dernière variante a été implémentée en août 1974, ce qui correspond aux derniers exemplaires de la série A. Il est néanmoins possible que la modification se soit appliquée progressivement.

1981. Évolutions du bracelet 344 sur le modèle 5402.

1981. Évolutions du bracelet 344 sur le modèle 5402. En 1981, Audemars Piguet informe ses revendeurs de l'introduction d'un système de réglage fin de longueur, au moyen d'un "demi-maillon" et de la disponibilité de nouvelles boucles déployantes de dimension réduite, adaptées aux petits poignets. AP News 1981. Archives Audemars Piguet.

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Le fermoir à boucle déployante

La boucle déployante est un dispositif de sécurisation du bracelet breveté pour la première fois en 1909 par la maison Jaeger à Paris. Elle a pour fonction d’éviter que la montre ne tombe du poignet si le bracelet s’ouvre par inadvertance. Ce type de fermoir se répand dans les montres de sport, en particulier dotées de bracelets en acier, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Les lames sont le plus souvent refermées dans un grand couvercle percé de trous latéraux qui permettent de régler la longueur. Chez Audemars Piguet, la boucle déployante apparaît cependant plus tard. Bien que les bracelets en or et en platine soient fréquents dès les années 1960, ils sont le plus souvent pourvus de systèmes de fermeture traditionnels des montres joaillières.

La vocation sportive de la Royal Oak en fait donc la première montre Audemars Piguet dotée d’une boucle déployante. Mais si sa fonction est essentielle, son esthétique est pensée pour disparaître complètement. En effet, lorsque la montre est fixée au poignet, les deux lames se cachent si bien sous le bracelet qu’il est presque impossible de les deviner. Un petit capot, de la largeur d’un maillon, bascule pour tenir le bracelet fermé, mais aussi pour cacher et affermir son système de fixation. Cette discrétion compte parmi les codes identitaires du bracelet Royal Oak. Si la forme et le nombre de lames des boucles déployantes ont connu de nombreuses variantes depuis 1972 (double lame, triple lame, lames évidées, lames formées des initiales AP…), Audemars Piguet a toujours caché ces lames sous les maillons du bracelet, pour mettre ce dernier en valeur.

1972. Royal Oak 5402ST n° A26, côté fond.

1972. Royal Oak 5402ST n° A26, côté fond. Calibre 2121, mouvement 127059. Bracelet 344, cadran tapisserie T21. Boîte 39 mm 67026. Acier. Vendue à Gameo en 1972. Patrimoine Audemars Piguet, inv. 365.

1972. Bracelet 344 pour Royal Oak 5402BA n° A26.

1972. Bracelet 344 pour Royal Oak 5402BA n° A26. Boucle déployante ouverte et fermée. Patrimoine Audemars Piguet, inv. 365.

1977. Bracelet 344 pour Royal oak 5402BA.

1977. Bracelet 344 pour Royal oak 5402BA. Boucle déployante ouverte et fermée. Collection privée.

1997. Boucle de la Royal Oak squelettée 14814BA.

1997. Boucle de la Royal Oak squelettée 14814BA. Patrimoine Audemars Piguet, inv. 1216.

2002. Boucle déployante de la Royal Oak 15202ST (2000), n° 557.

2002. Boucle déployante de la Royal Oak 15202ST (2000), n° 557. Patrimoine Audemars Piguet, inv. 738.

2004. Boucle de la Royal Oak 14800TR n° 199.

2004. Boucle de la Royal Oak 14800TR n° 199. Patrimoine Audemars Piguet, inv. 829.

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Variantes de lames 5402

Les collectionneurs le savent : les premières lames de bracelet 344 arborent le dessin d’une tête de chamois entourée des lettres G et F, marque de fabrique du célèbre fabricant genevois Gay Frères. À droite de cette signature, figurent les indications de matière (« STAINLESS STEEL ») et de provenance (« SWISS MADE »), ainsi que le lot et l’année de production (1 – 72 dans le premier exemple illustré ici.

À gauche de la signature, une inscription « BREVETE » renvoie probablement au brevet CH344538 déposé par Gay Frères en 1958, relatif à un fermoir double-lame à petit capot. Il faut pourtant noter que l’objet exact de ce brevet ne recouvre pas précisément le système du bracelet 344, ce qui explique peut-être le fait que la mention « BREVETE » disparaisse au milieu des années 1970. Elle réapparaît à l’aube des années 1980, certainement suite au dépôt du brevet CH633697 en 1979.

Les sources ne permettent pas de savoir combien d’exemplaires de la Royal Oak 5402 ont été équipés de lames signées Gay Frères. Cette inscription est remplacée par une signature Audemars Piguet en 1975, voire plus tôt, probablement à la demande d’autres fournisseurs qui auraient souhaité également signer leur partie... Rappelons que les poinçons de maîtres étaient appliqués sur les habillages en or, et que Stern gravait son étoile au verso des cadrans Royal Oak. Il est rare de trouver d’autres signatures, à l’exception de celles des revendeurs tels Bulgari, Tiffany ou Gübelin qui figurent parfois sur les cadrans.

Autre détail intéressant pour les collectionneurs : en 1977, les premiers exemplaires des 5402BA sont équipés de lames en or jaune. Mais comme cette matière s’avère rapidement trop souple, les exemplaires suivants arborent des lames en or gris, plus rigides.

1972. Boucle déployante de la Royal Oak 5402ST n° A26.

1972. Boucle déployante de la Royal Oak 5402ST n° A26. Signature Gay Frères. Premier lot « 1-72 ». Patrimoine Audemars Piguet, inv. 365.

1975. Boucle déployante de la Royal Oak 5402ST n° B1303.

1975. Boucle déployante de la Royal Oak 5402ST n° B1303. Patrimoine Audemars Piguet, inv. 1222.

1977. Boucle déployante de la Royal Oak 5402BA.

1977. Boucle déployante de la Royal Oak 5402BA. La boucle déployante en or jaune des premiers exemplaires a rapidement laissé place à une variante en or gris, plus rigide.

1978. Boucle déployante de la Royal Oak 5402BA n° 192.

1978. Boucle déployante de la Royal Oak 5402BA n° 192. La boucle déployante en or jaune des premiers exemplaires a rapidement laissé place à une variante en or gris, plus rigide. Patrimoine Audemars Piguet, inv. 1073.

1978. Boucle déployante de la Royal Oak 5402SA n° 286.

1978. Boucle déployante de la Royal Oak 5402SA n° 286. Patrimoine Audemars Piguet, inv. 1446.

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Variantes de capots 5402

En plus de cacher le système de fermeture des lames, le petit capot a une fonction de sécurité. Pour le tenir fermé, deux petits ergots entrent dans des gorges situées à l’emplacement des goupilles du maillon. Ainsi, tant que le capot est fermé, les lames ne peuvent s’ouvrir.

Les capots du modèle 5402 ont également évolué. À l’origine, les premiers étaient gravés AUDEMARS PIGUET en toutes lettres avant d’être remplacés quelques années plus tard par le sigle AP. Les archives sont muettes sur la date de ce changement, mais les horlogers du Service Client s’accordent pour dire que les capots en toutes lettres ont été abandonnés progressivement durant la période de commercialisation des 5402 série B, soit entre 1975 et 1976.

1972. Capot de bracelet 344, Royal Oak 5402ST n° A26.

1972. Capot de bracelet 344, Royal Oak 5402ST n° A26. Patrimoine Audemars Piguet, inv. 365.

1975. Capot de bracelet 344, Royal Oak 5402ST n° B1303.

1975. Capot de bracelet 344, Royal Oak 5402ST n° B1303. Patrimoine Audemars Piguet, inv. 1222.

1977. Capot de bracelet 5402BA.

1977. Capot de bracelet 5402BA. Collection privée.

1978. Capot de bracelet 344, Royal Oak 5402SA n° 286.

1978. Capot de bracelet 344, Royal Oak 5402SA n° 286. Patrimoine Audemars Piguet, inv. 1446.

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Les successeurs du bracelet 344

Après le modèle 5402, le bracelet 344 a équipé quelques modèles de Royal Oak « Jumbo », en particulier le 4187 (1979), mais également la première Royal Oak Quantième Perpétuel extraplate modèle 5554 (1984), et ses déclinaisons 25624 (1985), 25654 (1986), 25636 (1986) etc...

En 1981, ce bracelet connaît une dernière évolution : à la demande des marchés et du Service après-vente, Audemars Piguet en propose une variante plus petite à boucle déployante pour les poignets fins et introduit des « demi-maillons » dotés de plots soudés pour affiner les ajustements de longueur. Ces deux améliorations n’ont que très rarement été utilisées car le système était particulièrement fragile. Il est remplacé par les « maillons et demi » dans les générations suivantes (un maillon plus grand de 50%, permettant de régler plus aisément la taille des bracelets).

Vers la fin des années 1980, le bracelet 344 de Gay Frères est remplacé par le n° 944, fabriqué par la maison Werthanor dans la petite ville horlogère du Locle. Un nouveau système de fermeture est alors introduit qui consiste en un plot coulissant qui remplace le capot. Les mensurations du 944 sont très proches de celles de son prédécesseur. Si bien que certains modèles de Royal Oak à Calendrier Perpétuel, comme le 25654 ou le 25636 déjà mentionnés, les 25686 (1989), 25687 (1989), 25694 (1990), ont été équipés successivement du bracelet 344, puis du 944.

À l’instar de la migration du AP de 6h à 12h du cadran 5402, la transition est progressive et s’étend probablement sur plusieurs années. Néanmoins, certains modèles sont équipés exclusivement du bracelet 944 dès leur création. C’est notamment le cas pour la Royal Oak « Jumbo » édition Jubilée 14802 (1992). Il en va de même de son successeur 15002 (1996), puis dès l’an 2000 du modèle 15202 et de ses variantes 15201 (2011).

En 2012, à l’occasion des 40 ans de la collection, une nouvelle génération de bracelets fait son apparition. La 15202 est désormais équipée du bracelet 1240, comme le seront ses successeurs, par exemple la 15205 (2015). Fabriqué notamment par Maspoli à Villeneuve, son système ergonomique de boucle double déployante et d’ouverture à deux poussoirs opposés équipe entre autres le modèle 15300 depuis 2005 (bracelet 1220, Werthanor).

Comme les bracelets 344 et 944 peuvent se substituer l’un à l’autre (moyennant les retouches manuelles nécessaires), le Service après-vente a parfois remplacé les bracelets 344 trop endommagés par des 944. Cette pratique a évolué en 2020, grâce au programme Classic Parts qui permet de reconstituer des bracelets le plus fidèlement possible des originaux 344.

Bracelets Royal Oak Jumbo 344, 944 et 1240.

Bracelets Royal Oak Jumbo 344, 944 et 1240. Les trois générations successives de bracelets se distinguent essentiellement par leur système d'ouverture (capots et boucles déployantes). De gauche à droite: bracelet 344 équipant la Royal Oak 5402BA n° 192 vendue en 1978; bracelet 944 équipant la Royal Oak Quantième Perpétuel 25810OR (or rose) n° 358 fabriquée et vendue en 1995; bracelet 1240 équipant la Royal Oak 15202BC (or gris) n° K3912, fabriquée en 2020. Patrimoine Audemars Piguet, inv. 1073, 1213 et 2071.

1981. Évolutions du bracelet 344 sur le modèle 5402.

1981. Évolutions du bracelet 344 sur le modèle 5402. En 1981, Audemars Piguet informe ses revendeurs de l'introduction d'un système de réglage fin de longueur, au moyen d'un "demi-maillon" et de la disponibilité de nouvelles boucles déployantes de dimension réduite, adaptées aux petits poignets. AP News 1981. Archives Audemars Piguet.

Vers 1990. Bracelet 944.

Vers 1990. Bracelet 944. Dès la fin des années 1980, le bracelet 944 prend peu à peu le relais du 344 de Gay Frères Genève. Le nouveau bracelet sera notamment fabriqué par Werthanor au Locle. Répertoire des bracelets. Archives Audemars Piguet.

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Les multiples déclinaisons, ou lorsque le bracelet prend le dessus

Tout en respectant sa forme originelle, la bracelet Royal Oak a évolué à mesure que la collection s’est enrichie : combinaisons de matières, versions serties et surtout évolution des dimensions. En 1976, un nouveau diamètre de 29 mm est créé, suivi de versions en 35 mm l’année suivante; puis 26 mm et 30 mm en 1980, 36 mm en 1983, 33 mm en 1984, 40 mm en 1997, 37 mm et 41 mm 2012, 38 mm en 2019 et 34 mm en 2020.

Ces variations ont été accompagnées par la création de nouveaux bracelets. Dès 1976, le bracelet Gay Frères 424 est créé pour équiper les modèles petits féminins dont les modèles 29 mm 8638 et 6009, ainsi que les 30 mm 6008, 6013, 6020, 6033 et 6035.

Produit à plus de 10 000 exemplaires, le bracelet n° 477 (et son successeur 789) est l’un des plus importants de l’histoire Royal Oak. Dès 1977, c’est lui qui équipe les 35 mm : 4100, 4120, 4153, 4275, 4331, 6023, 6036, 6037, 6038, 6039, 6040, 14486. Dès 1983, on le retrouve sur les Royal Oak 36 mm : 4332, 5572, 5581, 5584, 5658, 5595, 56123, 56124, 5594, etc. Dès 1985, des variantes 33 mm en sont équipées, comme la Royal Oak 56255. Ce bracelet est remplacé dans les années 1990 par le n° 789 (Gay Frères puis GTF), dont les dimensions et l’utilisation sont comparables à celles de son prédécesseur. En effet, le bracelet 789 sera utilisé aussi bien pour la famille des 14700, dont la 14790 (36 mm), que pour celle des petites 15000 (33 mm) ou du modèle 25800 (33 mm). À noter aussi que le 789 introduit les plots polis miroir, dont l’esthétique subtile exige un travail manuel sur 125 angles par bracelet !

Bien que fastidieuse, cette énumération fait émerger un fait aussi méconnu que surprenant : Audemars Piguet a doté du même bracelet des montres de diamètres différents (33 mm, 35 mm et 36 mm) Pourquoi et comment des composants de dimensions aussi différentes peuvent-ils être ajustés ? Cette pratique s’explique par l’extrême complexité du bracelet. Pour les horlogers des années 1980 et 1990, il est apparu plus pertinent d’adapter la chute des attaches de la boîte que la largeur du bracelet. Pour l’historien et le collectionneur, cela démontre que c’est la forme de la boîte qui était pensée pour le bracelet, et non l’inverse !

1977-1979. Variantes de boucles Royal Oak 8638.

1977-1979. Variantes de boucles Royal Oak 8638. Au moins trois variantes de boucles déployantes ont été développées pour le modèle 8638, de manière à s'adapter à la finesse des poignets féminins. De gauche à droite: Royal Oak 8638ST no 370 (1977); Royal Oak 8638BA no 1 (1977); Royal Oak 8638SA no 671 (1979). Patrimoine Audemars Piguet, inv. 1871; 1873 et 381

Vers 1976. Fiche d’identification du bracelet 424.

Vers 1976. Fiche d’identification du bracelet 424. Créé pour le modèle 8638, le bracelet 424 reformule les codes de son prédécesseur 344, mais dans un format beaucoup plus étroit. Archives Audemars Piguet.

Vers 1977. Fiche d’identification du bracelet 477.

Vers 1977. Fiche d’identification du bracelet 477. Créé pour le modèle 4100, le bracelet 477 a été utilisé sur des Royal Oak 35, 36 et 33mm. Il est remplacé dans les années 1990 par le bracelet 789. Archives Audemars Piguet.

Vers 1990. Fiche d’identification du bracelet 789.

Vers 1990. Fiche d’identification du bracelet 789. Le bracelet 789 succède au 477 dans les années 1990. Jusqu’au début des années 2000, il équipe des dizaines de modèles Royal Oak, de 33mm à 36mm de diamètre. Archives Audemars Piguet.

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De Gay Frères à GTF puis Centror

À la fin des années 1970 et 1980, pour faire face au succès croissant de la Royal Oak, Audemars Piguet décide d’élargir son approvisionnement de bracelets. Jacques-Louis Audemars, petit-fils du cofondateur, s’adresse alors aux ateliers de la maison Lascor, située dans la petite ville de Sesto Calende, sur la partie italienne du Lac majeur. Fondée en 1921, Lascor est alors dirigée par son fondateur Pietro Fontana et son fils Fernando. Comme Audemars Piguet, il s’agit une affaire de famille dévouée au savoir-faire ancestral. Or, Fernando Fontana a créé une autre maison éponyme… qui fabrique depuis 1976 la boîte de la Royal Oak 8638.

À partir de 1980, Lascor fabrique le bracelet n° 516 qui équipe les Royal Oak miniature (26 mm), puis les modèles 6007, 6010, 6012, 6019, 6027, etc. Suivront le bracelet 677 encore plus petit, le 696 pour les Royal Oak 33 mm (p. ex. modèle 56143). Les variantes serties se multiplient dès 1985, avec notamment le modèle 56199 (33 mm, bracelet 715 couvert de brillants), les bracelets 593 (saphirs et diamants) ou encore les 726, 727, 821, etc.

En 1986, la maison Lascor est rebaptisée GTF. Peu à peu, elle devient le principal fabricant de bracelets Royal Oak, livrant non seulement les variantes classiques (996, 1105, 1110, 1111, 1120, 1185, 1197, 1205, 1220, 1424, 1516), mais également des versions avec plots laqués (725-727), polis (963, 1004), sertis (1007, 1114, 1115, 1190, 1208), miniatures (1100), et même arrondis pour les premières Royal Oak Offshore.

En parallèle à cette montée en puissance, la collaboration avec Gay Frères décline lentement. Quelques bracelets Royal Oak sont encore créés dans les années 1980-90 (692, 708, 994, 995) notamment pour des bracelets entièrement sertis baguettes (861), avant que la maison genevoise soit rachetée en 1998 par Rolex, son principal client historique. Par ailleurs, Audemars Piguet collabore ponctuellement avec un joaillier suisse romand, Vidoudez qui crée pour la Royal Oak des bracelets de Haute Joaillerie combinant diamants, émeraudes et rubis… (8054, 8027, 8081, 8083, 9031, 9042), mais peu à peu c’est l’atelier des métiers d’art d’Audemars Piguet qui prend le relais pour les montres les plus joaillières (8042, 9179…).

À partir des années 2020, la maison Centror de Genève, entrée dans le groupe Audemars Piguet en 1991, après avoir intégré la fabrication des boîtes Royal Oak en matières précieuses, reprend peu à peu la fabrication des bracelets en or et acquiert les savoir-faire nécessaires à la fabrication des variantes en acier, même si la majeure partie d’entre elles restent fabriquées par des ateliers spécialisés, en particulier la maison Orolux dans le village du Noirmont.

Notons encore que le fermoir à triple lame est introduit au milieu des années 1990 pour améliorer la tenue au poignet des premières Royal Oak Offshore, 25721, dont les quelques 300 à 500 exemplaire dispose du système classique. Cette innovation se répand ensuite peu à peu dans les autres collections, en particulier la Royal Oak au tournant du millénaire.

Vers 1980. Fiche d’identification du bracelet 516.

Vers 1980. Fiche d’identification du bracelet 516. Bracelet destiné aux Royal Oak de 26mm de diamètre. Archives Audemars Piguet.

1985. Royal Oak 56199CA. 33mm.

1985. Royal Oak 56199CA. 33mm. 715 brillants. Photographie d'identification. Archives Audemars Piguet.

Vers 1985. Fiche d’identification du bracelet 593.

Vers 1985. Fiche d’identification du bracelet 593. Saphirs et diamants. Archives Audemars Piguet.

Vers 2005. Fiche d'identification du bracelet 9179.

Vers 2005. Fiche d'identification du bracelet 9179. Le bracelet est entirèment recouvert de diamants taille baguette. Archives Audemars Piguet.

Vers 2005. Fiche d'identification du bracelet 8027.

Vers 2005. Fiche d'identification du bracelet 8027. Émeraudes et diamants. Archives Audemars Piguet.

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Six fois plus dur que l’acier – la céramique

En parallèle, Audemars Piguet introduit les bracelets Royal Oak en céramique. La Manufacture du Brassus s’associe en 2007 avec la société familiale suisse Bangerter Mikrotechnik AG, basée dans le petit village d’Aaberg, entre les villes de Bienne et de Berne, et qui avait déjà fabriqué des lunettes et des boîtes de Royal Oak en céramique. Mais jusqu’ici, le niveau de complexité du bracelet, ainsi que sa finesse et sa délicatesse semblaient incompatibles avec l’extrême dureté de ce matériau – une méthode simplifiée de comparaison indique que la céramique (env. 1 300 Vickers) est quelque 6,5 fois plus dure que l’acier (env. 200 Vickers). Rappelons que l’usinage de l’acier est déjà un défi technique pour le bracelet Royal Oak, alors que ce dernier n’est que 30% plus dur que l’or 18 carats ! L’objectif est pourtant atteint en 2017, avec la présentation de la Royal Oak Quantième Perpétuel 26579CE.

Son succès est instantané. Suivent en 2019 une version squelettée 26585CE, une interprétation en céramique blanche 26579CB (9,25 fois plus dure que l’acier!), puis d’autres complications, telles que le tourbillon 26522CE; le double balancier 15416CE, ou la double complications chronographe tourbillon 26343CE.

2017. Royal Oak Quantième Perpétuel 26579CE.

2017. Royal Oak Quantième Perpétuel 26579CE. Calendrier perpétuel: jour, date, mois, phases de lune. Calibre 5134 extraplat à remontage automatique (4,31 mm), mouvement 961120. Bracelet 1225 en céramique noire. Boîte 41 mm J37062 en céramique noire. Montre entrée dans la Collection du Patrimoine Audemars Piguet en 2019 (inv. 1913).

2018. Royal Oak Quantième Perpétuel 26579CE.

2018. Royal Oak Quantième Perpétuel 26579CE. Calendrier perpétuel: jour, date, mois, phases de lune. Calibre 5134 extraplat à remontage automatique (4,31mm). Bracelet 1225 en céramique blanche. Boîte 41mm J37062 en céramique blanche. Image réalisée lors du lancement de la montre en 2018

2018. Satinage du bracelet 1225 en céramique.

2018. Satinage du bracelet 1225 en céramique. Fixé au moyen d'une cire de graveur sur une plaque d'acier parfaitement plate, le bracelet est finement satiné au moyen d'un papier abrasif. La dureté de la céramique noire rend cette opération manuelle particulièrement exigeante. Archives Audemars Piguet.

2018. Four pour composants en céramique.

2018. Four pour composants en céramique. La céramique en poudre est chauffée à très haute température. Elle fond avant de se solidifier en refroidissant. Elle est ensuite usinée et puis décorée au moyen d'outils couverts de poudre de diamant. Atelier Bangerter. Archives Audemars Piguet.

2018. Fabrication des plots de bracelet en céramique.

2018. Fabrication des plots de bracelet en céramique. Chacune des nombreuses opérations nécessaires à la fabrication des composants du bracelet en céramique exige précision et dextérité. Atelier Bangerter. Archives Audemars Piguet. celet studs. Each of the numerous operations necessary to the manufacturing of the components of the ceramic bracelet requires precision and dexterity. Bangerter workshop. Audemars Piguet Archives.

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Les premiers bracelets en cuir

Moins évident de prime abord, le bracelet en cuir tient pourtant un rôle notable dans l’histoire de la Royal Oak. Durant les 20 premières années de son histoire, la célèbre montre octogonale n’a arboré que des bracelets en métal. Dans ce domaine comme dans bien d’autres, les puristes estimaient cet attribut intouchable, voire sacré. Pour mémoire, en 1978, les premières Royal Oak quartz ont renoncé à la lunette octogonale et à son calibre mécanique, mais elles ont conservé le bracelet métallique en chute.

En 1992, la Royal Oak accueille pourtant son premier bracelet en cuir. Le modèle 14800 est si controversé que Steven Urquhart et Georges-Henri Meylan, qui codirigent alors la société, le font dessiner « hors les murs », par le designer indépendant suisse Jörg Hysek. Interprétée en près de 20 variantes de matières et de cadrans, cette Royal Oak atypique joue avec ses codes originels avec la plus grande liberté, aussi bien au niveau du cadran que des aiguilles et des attaches. Le biseau de la boîte est évidé au centre, entouré de sortes de cornes, ce qui laisse penser que le bracelet est fixé au moyen de barrettes à pivot mobile. L’observateur attentif remarquera qu’en fait, le bracelet est pincé entre le dessous de la carrure et une longue plaquette vissée.

Cette configuration se retrouve sur plusieurs modèles postérieurs, comme les Royal Oak 14890 (vers 1994), 14891, 14916 et 66800 (fabriqués au milieu des années 1990). Certaines Royal Oak Offshore conserveront cette esthétique, mais en fixant le bracelet sur des barrettes traditionnelles, comme la calendrier complet 25808 (vers 1996), 25807 (vers 1996) le modèle 25770 (vers 1997) ou encore les modèles surdimensionnés créés en partenariat avec Arnold Schwarzenegger (End of Days 25770SN en 1999; T3 25863 en 2003; Legacy 26378 en 2010).

1992. Première Royal Oak sur cuir.

1992. Première Royal Oak sur cuir. Dessiné par Jorg Hysek, le modèle 14800 introduit le bracelet cuir dans la collection Royal Oak. La carrure est incurvée et évoque la forme des cornes, même si le bracelet est fixé au moyen de plaquettes depuis l’arrière de la boîte. Image tirée d’une brochure promotionnelle de septembre 1992. Archives Audemars Piguet.

Vers 1995. Royal Oak 14800BA.

Vers 1995. Royal Oak 14800BA. Première Royal Oak sur bracelet cuir, le 14800 a été décliné en plus de dix variantes dont certaines ont interprété les codes de la collection avec une grande liberté. Archives Audemars Piguet.

2004. Royal Oak 14800TR, n° 199

2004. Royal Oak 14800TR, n° 199 Lancée en 1992 et déclinée durant plus de 10 ans, la Royal Oak 14800 est la première dotée d’un bracelet en cuir. Date. Calibre 2225 automatique, mouvement 557692. Boite 36mm D40087 en or rose 18 carats et tantale. Vendue en Suisse en 2004. Patrimoine Audemars Piguet, inv. 829.

2004. Royal Oak 14800TR n° 199, côté fond.

2004. Royal Oak 14800TR n° 199, côté fond. Deux plaquettes métalliques sont vissées au dos de la boîte pour fixer le bracelet. Patrimoine Audemars Piguet, inv. 829.

1996. Royal Oak Offshore 25808ST n° 94.

1996. Royal Oak Offshore 25808ST n° 94. Calendrier complet: jour et mois à guichet, date à aiguille. Calibre 2127/2827. Cadran Petite Tapisserie vert. Boîte 38 mm n° D75395. Prototype présenté lors du lancement du modèle. Patrimoine Audemars Piguet, inv. 613.

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Les bracelets en cuir sur double plots

Au tournant du millénaire, Dierk Wettengel, en charge de la distribution en Allemagne propose de revoir le système de fixation des bracelets et réalise un croquis au crayon. Au Brassus, depuis 1999, le designer Claude Emmenegger a pris la succession de Jacqueline Dimier et Emmanuel Gueit. Le système de fixation qu’il met au point sur la base du dessin de l’agent allemand est plus fidèle à l’esthétique originelle de la Royal Oak, mais également plus complexe. Le cuir est découpé de manière à accueillir les deux premiers plots métalliques du bracelet et à s’y fixer au moyen de deux longues vis qui s’interpénètrent. Cette solution remplace les cornes (ou fausses cornes) des variantes précédentes. Plus important : elle ne porte pas atteinte à la carrure, qui reste identique pour les modèles sur cuir ou sur métal. Désormais, un horloger peut donc remplacer un bracelet en cuir par une version en métal, et vis-versa.

Cette configuration est proposée pour la première fois en 2001 sur la Royal Oak Offshore 25940SK (bracelet et lunette en caoutchouc). L’année suivante, l’édition limitée sur bracelet en caoutchouc Royal Oak City of Sails 25979 inaugure les bracelets souples sur double plots dans la collection Royal Oak. Présenté en 2003 à l’occasion de l’ouverture de la boutique Audemars Piguet de New York, l’édition limitée 26014 est à la fois la première Royal Oak noircie (par traitement en PVD noir), et la première dotée d’un bracelet en cuir sur deux plots. Elle est née à l’instigation de François-Henry Bennahmias qui vient alors d’imprimer une puissante dynamique de croissance à la filiale de distribution américaine. Lorsqu’il accède au poste de CEO du groupe AP en 2012, les bracelets en cuir ont fait leur place dans toute la collection Royal Oak.

En 2004, la Royal Oak Chronographe 26022 est la première série non limitée qui offre une alternative sur cuir. L’année suivante, lorsque la Royal Oak 15300 remplace l’ancienne référence classique 14790 – qui n’avait jamais arboré de cuir –, elle est proposée en variantes sur bracelet métal et sur cuir – ses successeurs 15400 (2012 et ses dérivés) et 15500 (2019 et ses dérivés) perpétueront cette tradition. Bientôt, presque toutes les variations de Royal Oak se dotent de cette option, les chronographes en tête (26068 dès 2006; 26557 dès 2011; 26320 et 26128 dès 2012; 26331 dès 2017; 26239 dès 2021, etc.). En 2006, le cuir est introduit sur les Dual Time (26120), les doubles complications tourbillon chronographe (25977 puis 26116 dès 2007; 26377 et 26039 dès 2010, etc.). Il faut attendre 2008 pour que les modèles calendriers perpétuels en soient pourvus (26252). En 2010, l’équation du temps (26603) et les Royal Oak Day Date (26330) le proposent ainsi que la nouvelle variante squelettée 15305. En 2012, même la Grande Complication cède à la tendance (25990, 26065).

Pour les modèles de collection courante, le bracelet en cuir est toujours une alternative au métal. En revanche, les éditions limitées sont parfois exclusivement sur cuir (ou caoutchouc), mentionnons par exemple la Royal Oak Chronographe Sachin Tendulkar 26161OR (2008), QEII Cup 2009 26277, les Royal Oak Tuxedo 15154 et 77220 en 2010; l’édition Leo Messi 26325OL (2013), ou les série QEII Cup 2015, modèle 26327TI, etc.

Vers 1990. Croquis de la première Royal Oak sur cuir avec deux plots.

Vers 1990. Croquis de la première Royal Oak sur cuir avec deux plots. Selon Dierk Wettengel, qui dirigeait alors la distribution Audemars Piguet, ce croquis aurait été réalisé à sa demande par Luigi Vignando pour créer une nouvelle génération de Royal Oak sur cuir. Croquis remis à Audemars Piguet par Dierk Wettengel. Archives Audemars Piguet.

2001. Royal Oak Offshore 25940SK.

2001. Royal Oak Offshore 25940SK. Première Royal Oak Offshore avec bracelet caoutchouc fixé à deux plots. Première Royal avec cadran Méga tapisserie (ou Extra Grande Tapisserie). Chronographe, date. Calibre 2326/2840. Prototype 42 mm E39521, n° 2250 en acier et caoutchouc, sans mouvement, probablement présenté au SIHH (Salon de la Haute Horlogerie de Genève) en 2001. Patrimoine Audemars Piguet, inv. 1152.

2003. Royal Oak La Boutique 26014SN.

2003. Royal Oak La Boutique 26014SN. Première Royal Oak dotée d’un bracelet cuir fixé à deux plots et première Royal Oak noircie PVD. Chronographe. Calibre 2385, mouvement 568307. Boîte F02726 acier noirci. Vendue à New York en mai 2003. Édition limitée. Patrimoine Audemars Piguet, inv. 2101.

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Conclusion

En 1972, le bracelet Royal Oak 344 réunit pour la première fois deux univers jusqu’alors antinomiques : celui des bracelets joailliers, artisanaux, dont l’histoire remonte aux origines de la bijouterie et celui des bracelets de sport en acier, nés avec les montres-bracelets masculines étanches et largement industrialisés.

Ce bracelet intégré compte parmi les éléments les plus reconnaissables de la Royal Oak. Ses larges maillons en chute, ponctués de plots dégressifs sont décorés avec le même soin que la boîte, dont ils prolongent l’esthétique. Son développement et sa fabrication se sont avérés si complexes que dans les années 1980-1990, ce sont les boîtes Royal Oak qui se sont adaptées au bracelet et non le contraire. Interprété en dizaines de variantes, matières et tailles, le bracelet s’est offert des libertés au fil des décennies, adoptant le cuir dès les années 1990, dont une version brodée en 2008 (67607) puis le caoutchouc, le platine, le titane, et enfin la céramique. Tourné vers l’avenir, Audemars Piguet présente en novembre 2021 un premier bracelet Royal Oak alliant le titane microbillé (maillons) au verre métallique (plots) pour le modèle Royal Oak « Jumbo » Extra-Plat, une pièce unique dédiée à la vente aux enchères caritative Only Watch. Pour la première fois, la Manufacture utilise le verre métallique, un matériau notamment utilisé dans le domaine de la microélectronique. Développé à partir du palladium, cet alliage présente des caractéristiques telles que l’amorphisme et la dureté quand il est refroidi rapidement, lui confèrent une haute résistance à l’usure et à la corrosion. Cette pièce unique annonce donc une nouvelle génération de bracelets Royal Oak nécessitant le développement de nouveaux outils et techniques d’usinage.

En 2022, à l’occasion des 50 ans de la Royal Oak, Audemars Piguet ajoute une subtilité inédite : la chute du bracelet jusqu’alors appliquée uniquement en largeur se retrouve désormais dans l’épaisseur dégressive des premiers maillons.

 

Rédaction : Equipe du Patrimoine Audemars Piguet, Le Brassus

Première publication : 10 mai 2022

2021. Royal Oak 15202XT. Pièce unique combinant pour la première fois le titane sablé et le verre métallique (BMG), un nouveau matériau particulièrement résistant. Date. Calibre 2121. Boîte 39 mm. Montre offerte et mise aux enchères dans le cadre de la vente caritative Only Watch 2021. Image réalisée lors de la présentation de la montre. Archives Audemars Piguet.

2022. Bracelet d’épaisseur dégressive. À l’occasion des 50 ans de la Royal Oak, Audemars Piguet améliore l’ergonomie des bracelets métal sur plusieurs modèles, dont le 26240ST illustré ici. Intégré à la boîte, le premier maillon adopte une forme trapézoïdale, qui se retrouve sur les maillons suivants, dont l’épaisseur diminue progressivement. Image réalisée en 2022, à l’occasion du lancement du modèle 26240.

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