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Collage représentant des personnages jouant avec divers matériaux
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Voyage au cœur des matières

Introduction
La boîte d’une montre, c’est à la fois sa parure et son armure. Elle a un poids, une texture, une couleur, un langage esthétique et physique déterminés par la matière dans laquelle elle est façonnée. De l’or au caoutchouc en passant par la céramique, l’acier et la pierre, chaque matériau lui confère des propriétés uniques. Cet article raconte l’histoire de certains d’entre eux et met en lumière leurs parcours dans les collections Audemars Piguet.

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Survivre au quotidien

Dès la conception de la montre, la matière d’une boîte doit être pensée pour qu’elle puisse vivre durant des décennies voire des siècles, accrochée à nos poignets, soumise aux rayures, à l’humidité, à la chaleur, à l’oxydation et aux chocs. Les propriétés physiques et chimiques des matériaux sont donc essentielles.

Parmi elles, la dureté est un critère de première importance : plus la matière de la boîte est dure, moins la montre souffrira de rayures ou d’impacts de chocs – mais plus elle sera difficile à fabriquer.

La ductilité est aussi capitale. Il s’agit de la capacité d’un matériau à se tordre sans se rompre. En langage courant, on parle de souplesse ou de matière malléable. L’or, par exemple est très ductile, ce qui fait de lui un matériau parfait pour réaliser des bijoux ou des montres.

L’élasticité est un peu différente. C’est la capacité d’un matériau à reprendre sa forme originale après avoir été déformé. Le terme technique originel est la résilience. L’élasticité est essentielle dans certains composants de mouvement, mais elle peut aussi jouer un rôle dans les boîtes, notamment en BMG, un matériau qui résiste aux rayures aux chocs avec une résilience étonnante.

Enfin, il y a le poids, ou plus précisément la masse volumique : un kilo de plume pèse le même poids qu’un kilo de plomb. La légèreté a longtemps été ressentie comme l’absence de valeur, mais nous vivons une période de redistribution des cartes.

Autres critères capitaux : la résistance à la corrosion et la biocompatibilité. Une montre ne doit pas rouiller, s’oxyder, ou générer des allergies de peau.

Matière Dureté  vickers (HV)   Masse volumique (g/cm3) Élasticité (module d'Young GPa) Résistance aux rayures Point de fusion
(°C)
Or (18ct) 140-230 15-16 90-110 Bonne 890-1150
Argent 60-80 10-11 80-90 Moyenne 820-890
Platine 90-140 19-21 170-190 Moyenne 1800-1900
Tantale 90 16,6 175-190 Moyenne >3000
Acier INOX 316L 200-350 7,9 190-250 Bonne 1300-1500
Titane (grade 5) 300-380 4,5 105-120 Très bonne 1600-1700
Carbone forgé >50 1,9 40-150 Moyenne N/A
Céramique >1200 5,6-6 200-250 Excellente >2500
Laiton 90-170 8,4 80-130 Moyenne 880-900
Alacrite 385 8,4 210-220 Très bonne 1300
Cermet >1500 5-10 dépend de la formulation Excellente dépend de la formulation
Tungstène >2000 18-20 360-410 Excellente >3000
Caoutchouc N/A 0,9-1,1 2-5 Excellente N/A
BMG 500 9,3 80 Excellente 550
Diamant MAX = 10 Mohs) 3,5 >1000 Excellente >3000
Turquoise 6 Mohs 2,6-2,9 N/A Excellente N/A

Ce tableau indique les principales propriétés des différents matériaux. La connaissance de ces propriétés est essentielle à la conception et à la fabrication d’une montre. Le choix d’un matériau est capital car il aura des conséquences sur toute la vie de l’objet. Or une montre doit traverser les décennies, voire les siècles et elle est mise à rude épreuve chaque jour. 

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Une histoire en trois actes

On croit à tort que les matières précieuses ont toujours habillé les montres de Haute Horlogerie. Or, avant l’Industrialisation, une montre était luxueuse par essence, quelle que soit sa matière. À partir des années 1800 l’or et le platine règnent en maître dans l’horlogerie de luxe, mais dès les années 1970, les matières high tech font leur entrée, et conquièrent un territoire croissant.

Acte I. De l’âge de pierre à l’âge du laiton (XIVe – XIXe siècles)

Les toutes premières horloges étaient en fer, habillées de la pierre qui composait la tour du clocher. Les horloges murales se sont ensuite dotées de cabinets souvent en bois, laiton, bronze, parfois recouverts d’écailles de tortue… Mais dès qu’il a été question de déplacer, puis de transporter les garde-temps, qu’il s’agisse de pendulettes de table, de carrosses, ou de montres de poche, les horlogers ont presque toujours décidé de les habiller de métal – rarement précieux.

Acte II. L’ère des matériaux nobles (XIXe siècle – années 1970)

Les montres de poche des XVIIe et XVIIIe siècles ont souvent été en laiton. Pour accroître leur valeur, les horlogers les ont parfois rehaussées d’émail, d’argent ou de pierres fines. L’or a cependant fait de modestes apparitions au XVIIe siècle, sur la lunette de certaines montres émaillées. Il faut attendre le milieu du XVIIIe siècle pour que les boîtes entièrement en or s’imposent peu à peu. Dès la Révolution industrielle, l’or devient le marqueur de prestige incontournable de la Haute Horlogerie, par contraste avec les autres montres, qui se diffusent alors très largement.

Acte III. La nouvelle diversité (dès les années 1970)

L’or perd son monopole du luxe dès les années 1970. Audemars Piguet anoblit l’acier en 1972. Ébranlée par la crise du quartz, l’horlogerie traditionnelle se réinvente en introduisant des matières high tech comme le titane, la céramique, le carbone ou le verre métallique (BMG), mais aussi en réinterprétant des matières jusqu’alors peu usitées en horlogerie, comme le granite, le plastique, le caoutchouc ou même le bois.

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Les boîtes en pierres fines

Chaque culture et chaque période a associé des valeurs symboliques aux pierres, fondées sur leur rareté, leurs mythes, leur brillance, leurs couleurs.

À partir de la Renaissance, lorsque les artisans souhaitaient rehausser les garde-temps de matière précieuse, leur choix se portait souvent sur le cristal de roche, la jaspe, l’agate ou le saphir.

Fréquentes aux XVIIe et XVIIIe siècles, les montres dont l’habillage est partiellement en pierre se raréfient ensuite. Elles réapparaissent durant la période Art déco puis dans les années 1960-70. Au début du XXIe siècle, Audemars Piguet pousse l’exercice jusqu’à fabriquer des platines de montres en pierre naturelle.

Les petites inclusions naturelles font la beauté des montres en pierre, mais elles les fragilisent également. Pour façonner une pierre sans la fendre ni la briser, les artisans utilisent des meules et des tours spéciaux qui réduisent autant que possible les vibrations. Malgré cela, aujourd’hui encore une part non négligeable des habillages se brise avant d’être terminé. 

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L’argent, antichambre des métaux nobles

Plus souple et plus léger que l’or, mais plus sensible à l’oxydation, l’argent est historiquement le premier métal précieux qui conquiert le monde de la Haute Horlogerie. Du XVIe  au XVIIIe siècle, il apparaît finement gravé. Les artisans le choisissent souvent pour les cadrans, plus rarement pour les boîtes.

Dans le segment haut de gamme, l’argent laisse la place à l’or, si bien que dans les années 1900, il occupe l’espace situé à mi-chemin entre les montres en métal chromé et celles en métaux précieux. C’est l’introduction de l’acier inoxydable qui lui porte le coup de grâce dès les années 1930.

Pourtant, grâce à son prix plus accessible que l’or, l’argent reste encore longtemps la matière préférée des apprentis horlogers, lorsqu’ils doivent habiller la « montre-école » qui couronne leur formation. Ce n’est donc pas un hasard si, en 1769 déjà, Joseph Piguet, l’arrière-grand-père du cofondateur d’Audemars Piguet, l’avait choisi pour sa montre de Maîtrise. 

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L’or, le roi des métaux

Métal noble par excellence, l’or est au cœur des civilisations depuis l’Antiquité. Réserve de valeur, étalon d’échange, on en fait aussi bien des pièces de monnaie que des objets de prestige. Rare, brillant, inoxydable, biocompatible, lourd, stable, facile à travailler, il incarne la richesse, la réussite, le soleil.

L’or pur (24 carats) est trop malléable pour être utilisé en horlogerie. Les boîtes de montres sont donc souvent en or 18 carats, ce qui signifie qu’elles contiennent 75% d’or. Les États-Unis et les pays nordiques ont longtemps apprécié l’or 14 carats qui contient 58,5% de matière précieuse, mais on trouve également du 9 carats qui ne dépasse pas 37,5%.

Ces proportions doivent être authentifiées par des poinçons. En revanche, les métaux additionnels peuvent varier selon les époques et selon les marques, et bien sûr selon la couleur souhaitée. Pour obtenir de l’or gris, on ajoute de l’argent, du palladium ou, anciennement du nickel. Pour l’or rose, on utilise du cuivre et de l’argent. Alors, lorsqu’une boîte de montre en or s’oxyde un peu, c’est à cause de l’argent ou du cuivre qu’elle contient…

Dès le milieu du XXe siècle, les alliages ont été normalisés, de manière à obtenir toujours les mêmes couleurs, codifiées 2N, 3N, etc… Mais depuis les années 2000, l’horlogerie s’est remise en quête de diversité, introduisant de nouvelles recettes pour obtenir différentes teintes. Citons le « Everose » de Rolex, le « Sedna » et le « Moonshine » d’Omega, le « Magic Gold » de Hublot. En 2024, Audemars Piguet introduit le « sand gold », dont les reflets varient selon la lumière, entre le rose et le gris, avec des nuances de bleu et même de brun. 

Métal Or jaune (BA) Or rose (OR) Or gris (BC) Sand gold (SG)
Or (Au) 750 750 750 750
Cuivre (Cu) 125 205 95 190
Argent (Ag) 125 45 30 0
Palladium (Pd) 0 0 125 60
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Le platine, un argument de poids

Découvert en Colombie au XVIIIe siècle, le platine est le métal le plus lourd non radioactif. Son nom est un diminutif de l’espagnol « plata » (argent), qui signifie « petit argent ». On raconte qu’à l’origine, les orpailleurs colombiens le jugeaient si peu précieux qu’ils en rejetaient les pépites dans la rivière, pensant qu’il s’agissait d’or qui n’avait pas encore muri.

Les propriétés physiques du platine l’inscrivent d’abord dans l’univers industriel. Résistant à la corrosion, hypoallergénique, très malléable, il ne fond que vers 1 800 degrés (l’or fond à 1 000 degrés). On le trouve aussi bien en chimie qu’en médecine, ou dans l’industrie électronique.

En horlogerie, et chez Audemars Piguet en particulier, le platine connait sa première phase de popularité durant la période Art déco. Les horlogers et bijoutiers créent de petits chefs-d’œuvre : montres-bracelets miniatures, montres-bagues, broches, pendentifs, souvent rehaussés de rubis et de diamants.

Le platine marque également les années 1980. On le retrouve dans des montres Audemars Piguet à complications : tourbillons, doubles complications… Lorsqu’une édition limitée est déclinée en plusieurs matières, il y a fort à parier que la plus rare est celle en platine!

Au premier regard, lorsqu’il est poli, le platine ressemble à l’acier ou à l’argent. Mais il est plus rare que l’or et il offre des reflets uniques. Les bijoutiers l’ont adopté parce qu’il se prête bien au sertissage et que sa couleur et sa brillance s’accordent à celles des diamants. La différence la plus notable est son poids, par exemple la Royal Oak Offshore 25721PT de 1997 pèse près d’un demi-kilo! 

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1930-1970, l’acier brouille les cartes

L’acier est connu depuis des millénaires. Aujourd’hui, il a supplanté le fer. Mais on oublie parfois à quel point ce changement est récent. Même si la maîtrise de l’acier progresse dès le XVIIIe siècle, le fer reste très longtemps le symbole de la révolution industrielle. Le pont de Brooklyn (1869) et la tour Eiffel (1889) sont en fer, mais l’armature de l’Empire State Building (1930) est en acier.

Longtemps, les horlogers ont réservé le fer et l’acier à certains composants du mouvement. Mais tout a changé avec la révolution industrielle. Pour réduire le prix des boîtes de montres, plusieurs alliages ferreux ont été introduit, comme l’argentan, les laitons chromés, suivi dès les années 1870 de l’acier bruni, également surnommé « gun steel », dont l’oxydation noire forme une couche de protection.

Durant les années 1910, les sidérurgistes anglais et allemands découvrent que l’ajout de chrome rend l’acier inoxydable. En quelques décennies, l’acier inoxydable remplace l’argent et le métal chromé dans le moyen de gamme. Il devient le métal par excellence des montres sportives.

Cependant, dans le domaine de la Haute Horlogerie, l’acier reste rare. Par exemple, entre 1934 et 1962, Audemars Piguet habille d’acier 82 montres-bracelets chronographes et quelques automatiques dès 1956. Le tournant aura lieu en 1972. 

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La montre en acier la plus chère du monde

Lorsqu’en 1970, les agents italien, suisse et français d’Audemars Piguet demandent à Georges Golay, qui dirige alors l’entreprise de créer une montre sans précédent, à la fois sportive et luxueuse, élégante et décontractée, qui puisse être portée pour présider un Conseil d’administration comme pour faire de la voile, l’acier fait partie du cahier des charges. Il est le matériau des montres sportives. La question qui se pose est la suivante : comment le rendre aussi précieux que l’or ?

La réponse tient en un mot : la complexité. La Royal Oak dessinée par Gérald Genta est chargée d’un nombre incalculable de détails géométriques et de terminaisons. Biseaux à 45 degrés polis de la lunette, facettes courbes, anglage progressif de la carrure, courbures satinées des flancs, bracelet en chute… On n’avait jamais accordé à l’acier un tel soin ! À tel point que l’acier devient presque un matériau noble.

Une des premières publicités, élaborée par Hugo Buchser, l’agence d’Audemars Piguet à l’époque, fait d’ailleurs référence à l’acier inoxydable comme étant le « métal noble des cathédrales modernes ». La réponse du public ne se fait attendre : même si la Royal Oak est plus chère que certaines montres en or, elle rencontre un large succès. Vous en apprendrez davantage ici.

Cette innovation ne sera pas sans suite, puisque dans les années suivantes, d’autres maisons prestigieuses, dont Patek Phillipe et IWC perçoivent la valeur de l’acier dans le haut de gamme et se lancent également dans l’aventure. 

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Quatre décennies de nouveaux matériaux

Dès le milieu des années 1970, le raz-de-marée des montres électroniques menace jusqu’à l’existence de l’horlogerie suisse. Pour se réinventer, la branche développe de nouvelles formes, de nouvelles fonctions et de nouvelles matières. Audemars Piguet, Omega, Tissot ou encore Zénith sont aux avant-postes. Avant de traiter les principales matières dans les chapitres suivants, voici la liste des dates clés des années 1970 à 2010 :

-1970. Introduction du titane, par Omega (Seamaster) et Citizen (X8 Titanium)

-1972. Nouveau statut de l’acier, par Audemars Piguet (Royal Oak)

-1977. Combinaison acier et or jaune, par Audemars Piguet (Royal Oak),

-1980. Bracelets en caoutchouc, par MDM (Hublot)

-1981. Acier soudé à l’or, par Audemars Piguet (Pyjama)

-1982. Céramique, par Zénith, puis popularisé par Rado dès 1986.

-1983. Plastique, par Swatch (Swatch)

-1985. Granite, par Tissot (Rockwatch)

-1986. Cadran en météorite, par Corum

-1988. Tantale, par Audemars Piguet (Royal Oak et Huitième)

-1989. Bois, par Tissot (Woodwatch)

-1990. Glace en pierre fine, par Audemars Piguet (Baroque)

-1993. Métal enrobé de caoutchouc, par Audemars Piguet (Royal Oak Offshore)

-2002. Alacrite, par Audemars Piguet (Royal Oak Concept)

-2007. Carbone forgé, par Audemars Piguet (Royal Oak Offshore)

-2010. Cermet, par Audemars Piguet

-2010. BMG, par Omega sous l’appellation « © liquidmetal » 

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Le titane, aussi léger que dur

D’une dureté comparable à celle d’un acier trempé, presque deux fois plus léger, peu sensible aux éraflures, le titane résiste à la corrosion. Découvert au XVIIIe siècle, c’est par la petite porte qu’il entre en horlogerie. On le trouve dans un alliage de spiral dans les années 1930, baptisé Durinval. Il sert ensuite à colorer les saphirs synthétiques, mais surtout à durcir les outils de coupe.

Mais dans les années 1960, il gagne en prestige, équipant les fusées Apollo et forme la coque de l’avion furtif américain Lockheed ST-71 Blackbird. En 1970, Omega et Citizen présentent simultanément les premières montres en titane. En 1986, Audemars Piguet décide d’introduire le titane au cœur du mouvement horloger. Léger, robuste, il forme la cage du premier tourbillon automatique de l’histoire, modèle 25643.

En 1998, la Royal Oak Offshore 25721 est pour la première fois interprétée en titane. L’objectif ? Offrir une version légère de cette montre surdimensionnée, qui atteint 220 grammes dans sa version acier et 410 grammes en or. Le titane permet de réduire le poids de la boîte pour atteindre 150 grammes. Le succès est immédiat : près de 3 000 exemplaires sont vendus entre 1998 et 2014. 

La fabrication de boîtes en titane a demandé une adaptation des savoir-faire car ce métal prend feu à relativement basse température. Les premières expériences ont laissé de chauds souvenirs dans les ateliers ! Depuis le début des années 2000, le titane n’a jamais quitté le catalogue Audemars Piguet.

L’horlogerie utilise principalement le titane grade 1 à 5 (selon la norme ASTM). Chacun possède ses propres qualités et défauts. Le plus courant est le titane grade 2, résistant à la corrosion et léger. Celui utilisé par Audemars Piguet est un alliage baptisé « grade 5 », ou TA6V qui offre un bon équilibre entre dureté, densité et soudabilité.

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Tantale, sombre, lourd et rare

Presque aussi dur que l’acier, presque aussi lourd que l’or, le tantale est ductible, ultra-résistant aux acides, biocompatible, bon conducteur de chaleur et d’électricité. On le trouve dans les instruments chirurgicaux, les implants, l’électronique…

Le tantale entre discrètement dans l’univers horloger dès les années 1930 par les outils de coupe, les alliages de ressorts de barillet, puis se répand dans les montres à quartz, sous forme de condensateurs.

Dans les années 1970 et 1980, plusieurs célébrités auraient exprimé le souhait de porter une Royal Oak de couleur noire. Karl Lagerfeld était passé à l’acte en faisant lui-même noircir sa Royal Oak 5402, probablement au moyen d’une technique nommée cataphorèse. Les rois de Grèce et d’Espagne auraient pour leur part confié à leur armurier londonien le soin de colorer leur Royal Oak de manière à ce qu’elles ne reflètent plus les rayons du soleil durant la chasse, à l’instar de leurs armes à feu.

Avant l’introduction des traitement PVD, les techniques de noircissage ne permettaient pas d’atteindre les qualités de terminaisons exigées par Audemars Piguet. Avec sa couleur anthracite bleutée inscrite dans la masse du métal, le tantale offrait une alternative esthétique séduisante. Mais où trouver du tantale? Aux difficultés d’approvisionnement s’ajoutent celles de fabrication.

En 1988, Audemars Piguet introduit le tantale dans les boîtes de plusieurs modèles, dont une Royal Oak créé avec le golfeur Nick Faldo (14486) et un chronographe dit « Huitième ». L’aventure connaît son épilogue en 2012, avec trois Royal Oak en éditions limitées en partenariat avec Lionel Messi (26325), combinant le tantale à l’or rose, à l’acier et au platine. À cette époque, le noircissage PVD est maîtrisé et les composants en céramique noire sont en plein essor. Peu résistant aux rayures, difficile à polir, et inscrit depuis 2021 dans la liste des minerais de conflit, le tantale n’est plus utilisé par Audemars Piguet.

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Le caoutchouc, ce n’est pas du luxe

Depuis son introduction par Hublot en 1980, le caoutchouc est d’abord une matière de bracelets de montres sportives. Rien d’étonnant à cela puisqu’il est étanche, souple, confortable et peut être coloré et formé à volonté.

Son utilisation sur les boîtes est bien plus rare. L’histoire commence en 1990. La Royal Oak Offshore alors en gestation propose de protéger ses poussoirs et sa couronne en les recouvrant de caoutchouc. Son histoire est racontée ici. Or, si l’idée est simple, la réalisation s’avère si difficile que le lancement de la montre, qui était prévu en 1992 doit être repoussé à l’année suivante. La société jurassienne Pibor (BIWI) qui a développé cette technologie s’est ouvert de nouveaux horizons en garantissant une adhérence parfaite entre le métal et le caoutchouc, la conservation de la forme, la résistance dans le temps à l’usure, à l’eau et aux changements de température.

En 2001, Audemars Piguet franchit un pas de plus en recouvrant de caoutchouc la lunette de la montre. Il faut dire que c’est elle qui souffre le plus des rayures et des chocs. Mais lorsque l’or est entièrement caché sous une couche de caoutchouc, on va bien au-delà de la fonction ! L’idée peut sembler folle, mais le succès du modèle 25940OK dépasse tous les espoirs.

À la fin des années 2000, les lunettes en céramique auront raison du caoutchouc, car elles offrent des possibilités supérieures en matière de décoration, tout en étant presque inrayables.

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La céramique

Hypoallergénique, inaltérable, colorable, plus légère et plus dure que l’acier, la céramique semble avoir toutes les qualités.

Cette matière apparait en horlogerie au XVIIIe siècle, notamment sur des pendules françaises enrichies de porcelaine de Meissen. On la retrouve dans les années 1960 lorsque les pendules murales allemandes, anglaises puis taiwanaises font leur entrée dans nos cuisines.

Bien qu’elle porte le même nom, la céramique dite « high tech » est assez différente. Elle utilise des grains parfaitement calibrés et homogènes d’oxyde de zirconium. Plus dure, plus performante, elle entre dans le monde horloger par les composants de mouvement : prototypes de spiraux dans années 1960, condensateurs de montres électroniques puis roulements à bille. En 1982, Zénith crée la première boîte de montre en céramique, une matière popularisée dès 1986 par Rado.

Traditionnellement, la céramique est moulée à chaud, mais jugée trop dure pour être taillée. Audemars Piguet l’introduit dans la Royal Oak Offshore Barichello en 2006. La marque développe avec son partenaire Bangerter des techniques permettant d’usiner la céramique et de réaliser des finitions haut de gamme : satinage, anglage, diamantage. Après une décennie de développement, la première Royal Oak entièrement en céramique voit le jour. Le modèle 26579CE rencontre un immense succès, qui ouvre la voie aux céramiques blanche, puis colorées, bleue, brune, jusqu’aux variantes polychromes… 

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Cermet, le meilleur des deux mondes

Les alliages de métaux existent depuis la nuit des temps. Mais mêler du métal avec de la céramique demeure atypique. Le cermet marie CERamique et METal. Le but ? Offrir la dureté de la céramique, sa résistance à l’abrasion, à la corrosion et aux températures extrêmes, tout en gardant la souplesse (ductilité) et la résistance aux chocs du métal.

Découvert en 1923, le cermet a été interprété en nombreuses variantes. On en trouve dans les turbines à gaz et dans les boucliers thermiques des navettes spatiales. En horlogerie, les cermets apparaissent dans les années 1960, non pas dans les montres, mais dans les machines qui servent à les fabriquer. Comme outil de coupe, on ne fait pas mieux.

En 2010, Audemars Piguet s’attelle à créer des habillages en cermet. Ils sont si dur que presque impossible à rayer… Si dur qu’ils doivent être moulés et ne peuvent être satinés. Les horlogers choisissent donc de limiter ce métal aux lunettes de Royal Oak, car ce sont elles qui sont le plus exposées aux rayures. Entre 2010 et 2012, une poignée d’éditions limitées sont créées dont deux en partenariat avec des coureurs automobile, Jarno Trulli et Michael Schumacher, et une pièce unique destinée à une vente caritative. 

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Carbone, forgé ou tissé?

Les horlogers utilisent le carbone de deux manières différentes. La plus classique est la fibre de carbone tissée. De très long brins de carbone sont tressés pour former une sorte de tissu facilement reconnaissable. Empruntée au monde de l’automobile, cette technique fait une première incursion en horlogerie en 1998, sur le cadran d’une montre TAG Heuer et sur la boîte de la Carbon Watch de Candino.

La seconde méthode porte le nom de carbone forgé. Ici, les brins de carbone sont beaucoup plus courts et disposés de manière aléatoire dans une résine, si bien que la résistance à la torsion est optimale dans toutes les directions. Emprunté à l’aérospatial, le carbone forgé a été introduit par Audemars Piguet en 2007 dans la Royal Oak Offshore Alinghi Team.

Réalisée à l’attention de l’équipage du bateau suisse Alinghi, cette montre est particulièrement légère et lisible. L’équipe remporte la Coupe de l’America, l’une des compétitions de voile les plus importantes, ce qui offre un coup de projecteur extraordinaire à la marque et au carbone forgé. De nombreux modèles suivront dont la Millenary Carbone One qui pèse moins de 70 grammes.

Le carbone forgé fait école. Richard Mille pousse l’idée plus loin, créant en 2010, en collaboration avec Audemars Piguet Renaud Papi, la montre-bracelet la plus légère du monde, la RM027 portée par le tennisman Rafael Nadal : 20 grammes (sans le bracelet), mêlant carbone et couches de quartz (fibres de verre). En un peu plus d’une décennie, des dizaines de variantes de montres en carbone voient le jour, développées par Hublot, Panerai, Roger Dubuis, Zénith, Breitling, Girard Perregaux Oris, IWC, Bulgari…

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BMG, métal bondissant

Le verre métallique – ou BMG pour Bulk Metallic Glass – est un métal à la fois très dur et élastique, apprécié notamment dans les secteurs de la micromécanique et du sport de haut niveau.

S’il existe plusieurs sortes de BMG, c’est parce que pour obtenir cet étonnant métal, l’alliage importe moins que le processus de fabrication. Dans les années 1960, les chercheurs découvrent qu’en refroidissant très brusquement un métal chauffé à l’état liquide, sa structure n’a pas le temps de se reconstituer normalement. Les molécules se figent si vite qu’elles conservent le désordre de leur état liquide. Lequel ressemble beaucoup à la structure cristalline du verre. Le BMG est donc un métal qui a la structure du verre.

En horlogerie, le BMG présente un intérêt majeur car le métal obtenu est si dur qu’il est presque inrayable. Et si la boîte reçoit un petit impact, l’élasticité lui redonne instantanément sa forme d’origine.

Introduit par Omega en 2010, adopté par Panerai, le BMG peut prendre différentes formes. L’alliage proposé par Audemars Piguet depuis 2021 est le premier à base de métaux précieux. Le palladium lui confère une haute résistance à l’usure et à la corrosion ainsi qu’une brillance accrue. Au premier regard, on croit avoir du platine sous les yeux. Mais le BMG est plus léger et plus résistant. 

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Chroma, ou le mariage des couleurs

Une même matière peut présenter plusieurs couleurs différentes. La céramique peut notamment être bleue, verte ou noire… Mais jusqu’ici, chaque composant possédait une seule couleur uniforme, car chacun commence par être formé à une température si élevée qu’il fond et que tous les éléments qu’il contient se mêlent avant de durcir en refroidissant. Un peu comme un sirop qui se durcit en gelant. Pour les combiner ensuite, la méthode traditionnelle consiste à souder ou coller les composants les uns aux autres.

En 2019, les ingénieurs en matériaux d’Audemars Piguet se lancent dans le projet chroma. Il s’agit de créer des composants qui juxtaposent plusieurs couleurs, voire plusieurs matières tout en restant parfaitement homogène. La méthode porte le nom « SPS », pour Spark Plasma Sintering (frittage au plasma par étincelle). Utilisé notamment par l’aéronautique, le SPS marie les matières si intimement qu’elles deviennent totalement indissociables, tout en étant visuellement et physiquement distinctes.

En 2024, Audemars Piguet présente les premiers résultats de ces recherches, avec notamment le premier prototype en céramique polychrome, mais également des prototypes de montres combinant des ors de couleurs différentes. Un nouveau chapitre dans l’histoire des matériaux, ouvrant l’horizon des possibles. 

Equipe Patrimoine, mai 2024 

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